• Meurtre de Sang Froid

     

    Elle menait une vie paisible jusqu'à présent de jeune lycéenne tranquille. Elle avait une passion, le tir à l'arc. Et elle s'y consacrait dès que son emploi du temps le-lui permettait. Elle était belle, et hautement appréciée. Elle avait quelques beaux lycéens à ses pieds. Elle était jeune. Elle était une simple lycéenne. Jusqu'à ce que sa vie ne bascule. 

    Le jeune homme, assis là écoutait ce que le vent lui murmurait. Il observait en silence les feuilles bouger et la faune s'animer autour de lui. Il écouta la pie perchée sur l'arbre chantonner et admira le petit scarabée à ses pieds tenter de s'envoler. Derrière lui, le moteur de son Aston Martin Virage ronronnait toujours. Il se retourna alors, détaillant la gamine, encore endormit sur le siège passager.

    Elle était rousse, avec de légères tâches de rousseurs sur le haut de ses joues. Son chemisier bleu ouvert sur une poitrine blafarde contredisait les informations qu'on lui avait données: elle n'avait pas vingt-et-un ans.

    Frêle et aussi vulnérable, Ethan s'en voulut. Sa mission avait été la suivante, kidnapper Kalie. Alors, il s'était introduit dans la maison de cette jeune fille, s'était débarrassé de ses parents et l'avait embarquée. Il devait à présent l'amener à son employeur, sans poser de questions. Mais il se mettait à douter. Devait-il, oui ou non, mener à bien sa tâche ? Devait-il ramener cette demoiselle encore mineure à son employeur ? Il n'était pas dupe, il savait très bien dans quoi trempait l'homme et devinait aisément qu'elle finirait dans un des réseaux de prostitués de la ville, souillée et complètement brisée.

    Nerveusement, il ouvrit son blouson en cuir et farfouilla dans sa poche intérieure. Il en sortit une cigarette qu'il prit entre ses lèvres et vint l'allumer à l'aide d'un briquet Zippo. Avant de le ranger, il tira un peu sur sa cigarette et passa la pulpe de son pouce sur les gravures. "Black Moon", ainsi l'appelait-on. Jamais de nom, ni de prénom. Juste un surnom, juste un sobriquet, un pseudonyme afin que jamais il ne se mouille totalement dans les affaires qu'il acceptait. Et pourtant, aujourd'hui, alors qu'il n'avait encore décroché aucun mot, il se sentit impliqué.

    Il poussa un juron alors qu'il terminait sa clope et se leva prestement du capo sur lequel il s'était finalement assis. Il vint se rassoir sur le siège conducteur et claqua rageusement la portière. Trop peut-être, car le bruit venait de réveiller la jeune femme qui papillonnait à présent des yeux. Un autre juron passa ses lèvres alors qu'elle s'agitait. Bientôt, elle retrouva assez ses esprits pour poser des questions. Elle comprenait à présent l'ampleur de sa situation et tenta de s'enfuir. Elle se jeta sur la poignée de la portière et essaya de l'ouvrir.

    -Arrêtez-vous!

    Il garda le silence, son pied enfonçant de plus en plus la pédale d'accélération. Le moteur grondait, alors il embraya et passa une vitesse. Bientôt, les cent-cinquante-six kilomètres par heures furent atteint et la jeune fille s'acharnait toujours autant sur la portière.

    -C'est ça, saute. glissa l'homme au cheveux brun et à la veste de cuir. Si tu ne te brise pas la nuque dans la chute, la voiture juste derrière te roulera dessus...

    Aussitôt, à l'entente de cette remarque, elle se calma et se ravisa. Elle jugea sa situation. Elle s'était endormie chez elle, dans son lit, après avoir buché sur son TP de physique chimie. Et maintenant, elle se retrouvait dans une voiture lancée à pleine vitesse sur une autoroute avec un inconnu aux cheveux bruns coupés mi-longs, en batailles, aux lunettes de soleil malgré la pénombre et à la veste de cuir qui ne décrochait pas un mot.

    -Où m'emmenez-vous ? questionna-t-elle. Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Arrêtez-vous !

    Elle gesticulait sur son siège et tirait sur les bords de sa chemise afin de cacher un peu plus de ses jambes élancées mises à nues. Percevant les gestes de la jeune fille du coin de l'œil, Ethan leva son bras et le passa au-dessus de la jeune femme. Elle eut un mouvement de recul, comme pour se préparer à encaisser un coup, mais au lieu de ça, l'homme agrippa une couverture et la-lui refourgua dans les bras.

    Le silence devint alors pesant dans la voiture, la jeune rousse ne sachant si elle devait oui ou non se fier à cet homme qui ne décochait aucun mot, alors le ravisseur se pencha et alluma la radio. Les enceintes de l'habitacle diffusèrent alors une musique rock, où le guitariste entamait tout juste son solo. A l'entente des notes, la jeune femme grimaça. Elle préférait de loin les accords calmes des Maroon 5 ou encore le rythme nostalgique de One Republic aux odieuses harmonies qu'elle entendait en ce moment. Elle avança alors sa main pour changer de station cependant son kidnappeur ne fut pas du même avis et lui saisit le poignet. Il l'enserra un peu plus alors qu'elle tentait de se soustraire à la poigne. Elle geignit faiblement alors que les longs doigts élégants la lâchaient finalement.

    -Brute ! Rustre ! Malotrus ! Ingrat ! Barbare ! Arri-
    -T'as finis ? persifla-t-il, l'interrompant dans son énumération.

    Elle caressait doucement son bras, souhaitant atténuer la douleur. Et alors qu'elle détaillait l'homme à ses côtés, il se mit à ralentir. Bientôt, il bifurqua et sortit de l'autoroute, prenant la direction d'une station essence. Avant de couper le moteur, il se tourna, les bras toujours sur le volant, vers la passagère.

    -Ne tente rien de stupide. Les environs sont dégagées, désertes. Il n'y a personne dans les parages, ne te fatigue pas.

    Sur ce, il sortit du véhicule et fit le plein. Une main sur le toit de la voiture, il observa les alentours.

    Éclairés par les lampadaires orangés, les arbres prenaient une allure étrange. Grâce à la vitre arrière, il guettait les moindres gestes de sa captive. Et doucement, il se remit à douter. Sa longue chevelure ondulée rousse, ses épaules fragiles, son cou gracile... Pourquoi avait-il dû enlever une gamine ? Il s'interrompit, percevant la jeune femme sortir de la voiture. Il laissa alors le manche de la pompe dans son réservoir et courut vers la fille. Il la rattrapa de justesse. Enserrant son ventre, il la souleva du sol.

    Elle se débattait, nerveusement et criait. Alors il porta une main à ses lèvres et la bâillonna. Tentant alors d'alarmer quelqu'un pour être secourus, elle continua de se débattre et mordit la main de son ravisseur. Sous la douleur, le brun la retira et la porta a son ventre afin de l'agripper un peu plus et de la ramener dans la voiture. Il la força à s'installer et sans hausser la voix, il la fit se stopper net.

    -Ne soit pas stupide, gamine.

    Le timbre sombre fit frissonner la jeune fille. Elle fixa ses yeux au travers de ses lunettes sombres et trembla. Elle avait réellement peur. Mais elle s'installa sur le siège et se calma. Elle repensa alors qu'elle était pied nus, sur l'aire d'une station service, non loin d'une autoroute quasiment déserte. Elle se souvint alors de ce que lui disait sa mère... Les gens qui se trouvaient dans les voitures pouvaient être autrement plus dangereux que cet homme qui l'avait enlevé à sa famille.

    Elle se tut alors et se ravisa. Elle rattrapa la couverture et couvrit à nouveau ses jambes. Elle attendit que l'homme ne ferme le réservoir et revienne s'assoir au volant. Il démarra alors, et l'autoradio se remit en route, hurlant des accords de guitare électrique. Il embraya et se mit à rouler. Rapidement, il regagnait l'artère principale et s'élançait.

    -Où est-ce qu'on vous m'emmenez ?

    La jeune rousse ne récolta qu'un silence alors elle osa une seconde question.

    -Quand ?

    Le brun se laissait porter par la musique, tentant de faire abstraction, comme à son habitude, de la jeune femme qu'il devait livrer...

    Bientôt, il se sentit fatigué. Cela faisait déjà six longues heures qu'il roulait. Ils allaient bientôt arriver. Alors, malgré la fatigue, il continua. Il étouffa un bâillement derrière le revers de sa main alors que déjà, il garait sa voiture sur le parking d'un grand bâtiment de bureau.

    -Descend.

    La voix était froide, catégorique, et ne laissait rien paraitre à l'harassement qu'Ethan ressentait. Il souhaitait se dépêcher, finir cette mission, recevoir sa paye et se la couler douce un mois ou deux pour oublier qu'il remettait ses actes en doutes. Il fit donc porter à la jeune fille la couverture pour qu'elle cache ses longues jambes fines et la fit descendre.

    Elle le suivit, ne formulant aucunes des nombreuses questions qui passaient dans sa tête. Après quelques pas sur le bitume froid, elle se stoppa. Les nombreux débris sur le parking lui faisait mal aux pieds. Agacé, le brun rangea son arme et la prise dans ses bras, la transportant jusqu'à l'ascenseur. A cet instant, la rousse passa ses bras autour du coup de son kidnappeur, et fixa son épaule, ne sachant où poser son regard... Il n’était pas si ignoble que ça, pour un kidnappeur.

    Une fois à l'intérieur, Ethan la lâcha, laissant le cuir de son blouson grincer sous ses gestes. Elle s'apprêtait à le remercier lorsque les portes s'ouvrirent sur un étage à la moquette rouge. Quand s'étaient-elles fermées déjà ? Kalie se sentit alors poussée vers la sortie et elle obéit. Un peu rustre, pensa-t-elle, mais pas méchant.

    Là, de nombreux hommes dans leur costume noir attendaient. Ils les regardaient passer comme si de rien était, comme s'ils étaient habitués... Où alors informés. Ils traversèrent l'étage, passèrent devant de nombreuses portes, de nombreuses intersections de couloirs, tournèrent à gauche puis à droite puis encore à gauche et à gauche et... la rousse perdit le compte. Il y avait trop de gardes. N'était-ce pas censé être un immeuble de bureau ? Après avoir arpenté presque la totalité de l'étage, une main sur son épaule la fit s'arrêter. Ethan, son ravisseur, l'avait arrêtée et lui indiquait une porte. Il s'avança alors, laissant la jeune femme derrière lui et frappa trois coups. Il attendit légèrement et, certainement agacé, il ouvrit la porte.

    A l'intérieur, assis derrière son bureau, au téléphone, se tenait un homme gras, au double menton imposant, à la chevelure absente, saucissonner dans un trois pièces grisâtre. Il fit signe, d'un geste distrait aux deux importuns, d'entrer. Mais l'homme dans son blouson de cuir ne fut pas ravi d'être accueilli de la sorte, par un simple geste qu'on fait à sa bonne et traversa le bureau. D'un poing rageur, il appuya sur le bouton et raccrocha le téléphone.

    -J'ai fais ce que vous m'avez demandé. Où est mon fric ?
    -BlackMoon. Je ne vous attendais pas si tôt.
    -Mon fric.
    -Où est-elle.

    Ethan se retourna et fit signe à la jeune femme d'avancer. Elle ne put faire trois pas que déjà deux armoires à glaces se jetaient à ses côtés et l'escortaient.

    L'un d'entre eux avait une mallette qu'il déposa sur le bureau en chêne.

    L'employeur du jeune homme l'ouvrit alors et la tourna vers son employé. La jeune rousse comprenait enfin sa situation. Elle venait d'être vendue telle une marchandise. Elle éleva la voix, questionna, hurla, et se débâtit lorsque les gros bras d'un des gardes du corps s'emparait d'elle. Salaud ! Elle avait envie d’hurler, de le fusiller sur place. On lui intima le silence. Alors elle se tut pendant que le brun qui l’avait amené observait ses billets rassemblés en liasses épaisses.

    -Je n'aime pas que l'on me mente. Alors, à l'avenir, ne me mentez plus.
    -Vous aurais-je mentis ne serait-ce qu'une simple f-
    -Elle n'est pas majeure.

    Et sur cette dernière phrase, il sortit de la pièce, emportant avec lui la mallette avec ces huit millions d'euros. La porte se referma derrière lui. A pas pressé, il traversa le couloir, refaisant le chemin inverse sous l'œil des nombreux gardes. Une fois devant l'ascenseur, il appuya sur le bouton et attendit.

    Dans le bureau, la jeune rousse s'était assise sous la contrainte des hommes en costumes. Sur la chaise, sa couverture cachant toujours ses jambes graciles, elle attendait le retour d'un des hommes qui devait lui apporter des vêtements. Bientôt, elle fut chargée d'aller se changer, une pile de vêtement entre ses bras. Alors elle s'éclipsa.

    On l'accompagna jusqu'aux toilettes où elle s'enferma dans une cabine. Elle ôta alors sa chemise et passa les sous-vêtements et la petite robe noire. Elle enfila les chaussures plates et s'assit un moment sur les toilettes. Le visage entre ses mains, elle se maudit... Pourquoi cela devait-il être elle ? Où était-elle ? Qu'est-ce qu'ils allaient faire d'elle ? Trop de questions demeuraient sans réponses: elle ne savait rien et c'est ce qui lui fit le plus peur.

    Elle ramena ses jambes devant elle et les prit entre ses bras. Un instant, elle frissonna. Qu'allait-il advenir d'elle ? Trois coups brutaux cognant la porte de bois la sortirent de ses pensées. Un rustre encore, aux manières inconvenantes, lui hurla alors de sortir. Kalie rechigna un peu mais finit par se lever et déverrouiller la porte. Le garde se jeta aussitôt sur elle et, lui saisissant le bras, la ramena à son patron. Les autres sortirent de la pièce au moment où elle y entra et elle trouva cela étrange.

    Un long frisson d'effroi la parcourus lorsqu'elle vit le patron se lever et contourner son bureau. Et puis ce long frisson se transforma en quelque chose de pire lorsque l'homme se rapprocha d'elle. Elle tenta de reculer mais fut bien vite arrêtée par le mur. Un haut le cœur s'empara d'elle quand une main aux doigts boudinés s'emmêla à ses cheveux. Le sourire grisé du cadre en face d'elle lui fit froid dans le dos. Elle s'inquiéta. Son cœur s'emballa, chantant un rythme effréné... Celui de la terreur.

    Elle hurla intérieurement à l'aide. Demandant après sa mère, après son père. Elle avait besoin d'aide et...

    Depuis quand avait-elle une main qui descendait la bretelle de sa robe ?

    Il approchait maintenant sa bouche de son cou. Mais qui était-il à la fin ? A l'instant même où il allait toucher sa peau, elle manqua d'hurler. Des coups de feu étouffés stoppèrent alors la scène et elle se retourna vers la porte. L'homme la lâcha alors et elle put s'éloigner. Très vite elle se réfugia à l'autre bout de la pièce. Au moment où ses paumes rencontraient le mur, la porte s'ouvrit à la volée dans un bruit sourd. Son ravisseur était là, son blouson en cuir ouvert, une arme dans chacune de ses mains, ses lunettes de soleil toujours vissées sur son nez.

    -Kalie ? demanda-t-il alors qu'il tenait en joug le cadre.

    Celui-ci le questionna sur ses agissements et hurla quelques mots avant que l'employé ne lui intime de se taire. La jeune femme se jeta alors dans les bras de cet homme venant le sauvé. Elle le serra un peu fort et il geignit mais resta de marbre.

    Ses armes toujours pointés vers le gros bonhomme, il entraîna alors la jeune femme et sortirent du bureau. D'un pas pressé, ils se dirigèrent vers le parking. Sur le chemin, Ethan dû tirer sur quelques gardes. Mais alors qu'ils s'engouffraient dans l'ascenseur, un bras s'intercala entre les portes et saisit le brun à son col. Il attendit alors que les portes ne se rouvrent pour le tirer en dehors de la cabine et là il le plaqua contre le mur. Il fit lâcher ses armes au kidnappeur et le roua de coups. Sous le coup de la surprise, Ethan ne répondit pas immédiatement à l'assaut et dût encaisser. Il finit néanmoins par le frapper en retour. Des coups fusèrent et rapidement, le brun agrippa ses armes et tira trois coups rapides dans l'abdomen de son assaillant. Il s’écroula lorsque la lutte fut terminée.

    Au sol, il souffla férocement et tenta de reprendre sa respiration. Cet enfoiré venait de réveillé une vive douleur sur son flanc. Instinctivement, il porta sa main et jura lorsqu'il la découvrit ensanglantée. Il était blessé et perdait apparemment pas mal de sang.

    La rousse, toujours dans l'ascenseur s'était recroquevillée à l'entente des coups de feu dans un coin. Elle sanglotait. Il pouvait la voir, les mains sur ses oreilles. Alors il se redressa et se remit debout tant bien que mal. Il ramassa ses armes et en rangea une. Il entra alors à nouveau dans la cabine et déclencha la fermeture des portes.

    -On y va. fit-il simplement une fois les portes ouvertes sur le parking.

    La voiture noire était juste devant. Il se glissa donc jusqu'à la portière et l'ouvrit. Ce fut alors que la douleur le prit une seconde fois, rappel de sa plaie, et que sa vision se troubla. Il jura de nouveau et secoua nerveusement sa tête. La jeune femme qui avait fait le tour de la voiture revint aux côtés de cet homme. Elle le jugea un instant avant de comprendre. Une marre de sang à ses pieds l'aida dans sa déduction.

    -Donne-moi les clés.
    -Pardon ?
    -Les clés !
    -Tu crois quand même... pas que je vais te filer ma caisse !
    -T'es pas en état.
    -J'ai pas survécu à une dizaine d'homme pour crever sur la route à cause d’une môme.
    -File-moi ça !
    -Tu sais pas condui- il s'interrompit lorsque la jeune fille s'empara du trousseau.

    Doucement, elle le poussa et le laissa faire le tour du véhicule alors qu'elle s'installait au volant. Elle chercha un moment la serrure et le brun s'interrogea. Il fut sur le point de faire changer de place la jeune femme afin de reprendre le volant au moment où elle démarra.

    Elle passa une vitesse et rapidement, elle laissa la voiture s'élancer sur la route. Ils quittèrent le parking, mais alors qu'ils s'élançaient sur la route, deux voitures se mirent à les suivre. A cet instant, la jeune fille paniqua. Elle se mise à hurler et à chercher une échappatoire. Elle demandait au passager de lui dire où aller, de lui indiquer un chemin, n'importe lequel ! Bon sang ! Mais il ne répondait pas. Qu’est-ce qu’elle devait faire ?

    L’homme s'approcha du tableau de bord et alluma un écran. Le GPS s'alluma avec un son strident et de son doigt ensanglanté, il choisit une destination. L'écran était tâché de sang. Mais la jeune femme en fit abstraction. Elle se contenta de slalomer entre les voitures, de griller les feux rouges, d'accélérer encore et toujours, en suivant les indications données par la voix mécanique. Bientôt, elle se rendit compte qu'ils n'étaient plus suivit et elle souffla enfin. Ses muscles se détendirent d’un coup.

    Cela faisait déjà quarante-cinq kilomètres, si elle en croyait le GPS, qu'ils roulaient. Alors la jeune femme se tourna brièvement vers le conducteur. Il semblait être à deux doigts de l'inconscience. Il perdait trop de sang, l'état de son siège en témoignait. Son visage était pâle, aussi et ruisselait de sueur.

    -Merde ! T'es pas sérieux ?

    Elle voulut le nommer mais se rendit compte qu'elle ne connaissait ni son prénom ni son nom de famille. Elle ne connaissait que son surnom, alors elle se tut. C’était qu’il allait crever sur le siège passager, l’enfoiré !

    Un panneau indiqua un grand hôtel et elle eut une idée. De toutes manières, elle ne pouvait pas continuer de rouler, l'homme avait besoin de soins, en tous cas de repos, et il ne pouvait pas attendre le terminus. Ils en étaient encore trop loin alors elle suivit la direction indiquée, laissant au GPS le soin de fanfaronner sur le fait qu'ils se trompaient de direction.

    -Pas... d'hôpital, gamine.
    -T'en fais pas... Je suis pas stupide.

    Elle s'approcha alors de l'entrée de l'hôtel et se gara sur le parking elle-même. La manœuvre fut délicate et elle manqua de rayer la voiture. Heureusement, le brun était trop dans les vapes pour s'en apercevoir. Elle se mordit la lèvre.

    -Par contre, va falloir faire appel à tes talents de comédien, man.

    Elle sortit de la voiture, et en fit le tour, puis ouvrit la portière. L'homme s'en extirpa non sans une grimace de douleur. Puis il la suivit, claudiquant légèrement, tentant de cacher son mal aux yeux des employés de l'hôtel. A peine entrait-il que déjà, la rousse s'accrochait au comptoir et souriait à l'hôtesse d'accueil. 

    -Bonjour, votre meilleure suite ! Mon frère et moi fêtons un anniversaire ! 
    -Bien sur, madame. Vous réglez comment ?
    -En liquide !

    Elle déposa une liasse de billet sur le comptoir et souris à la femme en face d'elle. Rapidement, des clés lui furent remises et le trop plein de billets redonné. Aussi remercia-t-elle l'hôtesse et rejoignit le brun.

    Elle l'aida à marcher discrètement, lui prêtant une épaule. En apparence, on aurait dit qu’elle étreignait juste son frère, mais il n’en était rien. Ciel, il est lourd, pensa-t-elle alors qu’elle le dirigeait vers l’ascenseur. Elle appuya sur le bouton et il s'ouvrit presque immédiatement. Elle informa le garçon se trouvant à l'intérieur d'appuyer sur le dernier étage alors il s'exécuta et en un grand sourire, informa la cabine de la destination.

    Ethan vacillait et voyait trouble. Il fallait qu'ils arrivent rapidement. Ensemble, ils sortirent de la boite de métal et se dirigèrent vers la seule porte du petit couloir. A l'aide de la clé magnétique, elle ouvrit et fit entrer l'homme avant de refermer.

    Les lieux était somptueux, luxueux... Et même au-delà. Elle s'attarda un instant à détailler les dorures sur les murs et le mobilier hors de prix et puis elle se souvint de la raison pour laquelle elle se trouvait ici. Alors elle chercha celui qui l'accompagnait. Il s'était déjà avachit sur un des lits. Il s'affairait à retirer son blouson, tentant de faire le moins de geste brusque et alors qu'il l'abandonnait sur le bout du lit, il gémit. Ses lunettes de soleil suivirent et, pour la première fois, la jeune femme put admirer ses deux lacs au couleur d'émeraude.

    Elle resta un moment à détailler le visage fin, les yeux légèrement en amande, le nez en trompette, Les pommettes blanches et les lèvres fines qui laissaient passer de brefs et forts soupirs... Zut !

    -Le minibar... soupira l'homme.

    Elle acquiesça et prit alors d'assaut le minibar et en sortit, à la demande de l'homme, en sortit toutes les bouteilles d’alcool qu’elle trouva. Elle les apporta rapidement et obéit aux autres ordres de l'homme. Ainsi, elle trouva et apporta une bassine d'eau, des serviettes, et s'assit à côté de lui.

    -J'vais avoir besoin de toi. articula-t-il difficilement.

    Allongé sur le lit, il eut du mal mais finit par se tourner et demanda à la rousse de vérifier si la balle avait traversée.

    -Que… quoi ?
    -Est-ce que c'est ouvert, bordel ! siffla-t-il alors qu'il tentait de lever le bas de son t-shirt noir.

    La jeune femme sursauta et approcha ses doigts fins du corps tendu par la douleur et précautionneusement, elle leva le t-shirt. Avec effroi, elle découvrit une large plaie sur le flanc de l'homme. Le sang s'écoulait et tâchait la peau pâle de la jeune femme.

    -C-c'est... merde !
    -Bonne chose. Va me chercher du fil et une aiguille, gamine.
    -Et je trouve ça où ?!
    -Démerde-toi !

    Il agrippa d'une main tremblante l'une des serviettes et la compressa sur sa plaie. Il devait arrêter l'hémorragie. Il en glissa ensuite une sous lui, tentant de stopper l'écoulement. Quand il jugea que la plaie s'était arrêtée de saigner, il plongea une serviette propre dans la bassine et vint nettoyer le devant de la plaie.

    Une fois la plaie nettoyée grossièrement, Il ouvrit une bouteille avec les dents et la versa intégralement sur sa plaie. Il étouffa un gémissement et prit quelques gorgées de l'alcool ambré. La jeune femme revenait alors. Elle avait entre ses mains une petite boite et en sortit du fil et une aiguille. Elle lui donna et s'empara des serviettes sales abandonnées au sol et les emmena dans la salle d'eau où elle les lava rapidement.

    Quand elle revint, Ethan s'était endormi sur le ventre. L'aguille pleine de sang trônait sur la table de chevet en chêne et les serviettes sales régnaient au sol. Kalie s'approcha et remarqua que les draps n'avaient miraculeusement pas été touchés. Alors elle rabattit la couverture sur le corps assoupi et fit un rapide ménage. Elle disparaissait dans la salle de bain lorsqu'un bruit sourd se fit entendre puis le cliquetis caractéristique de la porte s'ouvrant et se fermant. A cet instant, la rousse paniqua et se saisit du chandelier présent dans la salle. Elle se dirigea à pas de loup et découvrit un homme dans la chambre. Elle allait abattre le chandelier sur la nuque de l'intrus lorsque celui-ci se jeta sur le corps du brun.

    -Ethan! appela l'inconnu.

    Surprise, la jeune femme suspendit son geste et attendit. L'intrus était à genoux près du corps inconscient et semblait tenter de le faire réagir. Cependant le brun ne réagissait pas alors, il passa sa paume sur les joues du blessé et poussa la couverture.

    -Tu comptes rester comme ça encore longtemps ? finit-il par lui demander sans même lui adresser un regard.
    -Euh... vous êtes qui, vous ?
    -Un ami.

    Elle se demanda un moment comment pouvait-elle faire confiance à un homme qu'elle ne connaissait pas et puis elle reposa le chandelier. Elle l'observa longuement. Il agissait avec lui avec tant de précautions. Ses gestes semblaient si lents, si doux... Elle le regarda faire un moment. Il recousait la plaie avec précision. Le corps sous lui ne tiquait même pas. Et aux vues des cadavres de bouteilles trônant au sol, elle comprit pourquoi. La douleur était totalement inhibée.

    Quand il eut finit, il se leva et se retira dans la salle d'eau. La jeune femme le suivit alors, ayant quelques questions à lui poser.

    -Tu dois être le "problème". débuta-t-il lorsqu'il l'aperçut dans l'embrasure de la porte.
    -Quoi ?
    -Oublie. Comment t'appelles-tu ?
    -Kalie.
    -Je suis Johan. Un ami d'Ethan. Il m'a prévenu de votre halte ici et de ses blessures. Je suis venu dès que j'ai pus.

    Elle acquiesça en silence, quelque peu absente. Elle venait de se rappeler qu'elle avait été kidnappée et vendue à un riche homme d'affaire. A cet instant, elle fit demi-tour et sortit de la salle de bain. Elle s'isola dans une des chambres et se jeta sur le lit simple. Elle se roula en boule sur le matelas. Une voix étouffée lui parvint alors qu'elle sanglotait.

    -Il faut que j'aille lui chercher des analgésiques.

    Il dut sortir car peu après, le silence revint dans la suite.

    Après de longues minutes à se remémorer les événements des quelques heures passées. Elle se décida finalement. Puisque son ravisseur était inconscient, elle allait fouiller. Après tout, l'homme pouvait bien avoir quelques renseignements quant aux raisons de son enlèvement !

    Elle sortit alors, sa tignasse rousse légèrement en bataille et elle traversa les pièces jusqu'à arriver dans l'autre chambre. Silencieusement, elle se glissa au bout du lit. Elle souleva alors le lourd blouson de cuir et découvrit dessous une arme. Elle s'en saisit et l'emmena dans le salon. Là, elle vida les poches sur la table, sortant un porte monnaie qu'elle inspecta minutieusement. Elle y découvrit plusieurs cartes de crédits et d'identités à différents noms, des billets de tous montants... Elle le lança sur la table et sortit un étui à cigarettes qu'elle ouvrit par acquis de conscience. Dedans seules deux cigarettes manquaient. Et puis d'une des poches intérieures, elle sortit un zippo argenté. Elle l'observa longuement et lut les inscriptions. Il rejoignit rapidement le reste sur la table.

    Bientôt, elle trouva un petit bout de papier ou en lettres cursives étaient notée son adresse.

    A cet instant son cœur s'emballa. Des larmes perlaient au coin de ses yeux... Elle était si loin à présent ! Mais alors qu'elle semblait échafauder un plan pour se sauver, des bruits de casses survinrent et de nombreuses insultes s'élevèrent, provenant de différentes personnes.

    Kalie s'affola. Elle saisit l'arme et se leva. Elle pointait la porte, prête à appuyer sur la détente. Des hommes tentaient de s'introduire dans la suite ! Elle était terrifiée ! Sans doute étaient-ce les hommes de mains de ce gros dégueulasse d'homme d'affaire !

    Sur sa droite, une ombre parut. Elle se tourna prestement et se retint de justesse de pousser un cri et d’appuyer sur la gâchette. Ethan se déplaçaient difficilement, une arme à la main, s'aidant des murs et du mobilier pour tenir debout. Il semblait dans le gaz, pas tout à fait réveillé. Il fut cependant assez conscient pour saisir son arme des mains de la rousse.

    -Tu comptes te défendre avec le cran de sureté ? grinça-t-il.

    Il la glissa alors dans son dos, à sa ceinture et demanda à la jeune femme d'aller se cacher. Malgré le danger imminent, elle ne fit rien, encore trop surprise... Totalement en panique, elle semblait être pétrifiée. La porte en face d'eux n'allait pas tarder à lâcher, les gonds paraissaient vouloir sauter. Elle vit le brun se redresser difficilement et armer son arme.

    -Merde...

    Mais alors qu'une simple petite pichenette aurait put faire fléchir la porte, le calme se fit. Trois coups irréguliers furent portés et puis la porte s'ouvrit doucement. La tête blonde parut dans son blouson marron et son jean foncé. Il leva les mains, et par ce geste, mis en évidence le fait qu'il n'était pas armé. Le petit sachet avec le motif d'une pharmacie était là, un peu froissé mais toujours là, entre trois de ses doigts.

    -Jo'... la simple syllabe le fit tourner de l'œil et il s'effondra.

    Son ami se précipita alors aux côtés de lui et les informa qu'ils devaient partir rapidement. Il lança un sac à dos à la jeune femme et lui dit qu'à l'intérieur, il y avait des vêtements pour elle. Elle le remercia d'un bref mouvement de tête avant de suivre les deux hommes.

    -Prend toutes ses affaires. N'oublie rien. J'enverrai des hommes faire le ménage.

    Elle s'exécuta et ramassa le blouson et les affaires avant de sortir rapidement de la pièce. Elle n'eut pas de mal à rattraper les deux hommes qui enjambaient les cadavres au sol. Prenant les devants, elle se précipita vers l'ascenseur. Mais avant même qu'elle n'ait eut le temps d'appuyer sur le bouton, le blond la stoppait.

    -Pas par là. Les escaliers
    -Mais il y a dix-huit étages !

    Elle les devança cependant, ouvrant la porte au blond qui supportait le poids du brun, à peine conscient.

    Un rythme effréné battait les tempes de la jeune rousse. Elle avait peur. Le cœur au bord des lèvres, elle essayait d'être forte. Mais comment l'être alors que l’on n’est qu'une victime, qu'un simple colis à livrer. Comment être véritablement robuste et résistante lorsque l'on aide ses ravisseurs à s'échapper et que ce sont eux qui, au final, vous sauve. Comment se montrer ferme et courageuse lorsqu'en réalité à l'intérieur de vous, vous êtes tiraillée par un sentiment étrange d'insécurité et surtout de doute et de flou...

    Elle descendait les escaliers en tête. Elle guettait les moindres bruits au niveau des portes. Elle faisait le guet. Elle attendait que le blond ne fasse descendre doucement son ami.

    Arrivés au seizième étage, Ethan s'écroula totalement. Il respirait fortement. A cet instant le blond le souleva du sol et le prit sur son dos. Il n'avait plus le choix. Ils devaient s'échapper. Alors quatre à quatre, le blond dévala les marches, suivis de près par la jeune femme. Elle l'assista, lui ouvrit porte et portières, et s'engouffra finalement dans la voiture.

    Assise à la place du mort, elle s'attacha et attendit que les pneus crissent sur le sol du parking. Déjà ils étaient propulsés sur la route, le soleil sur sa peau la réchauffant un peu. Bientôt, les tremblements dont elle était prise se stoppèrent. Mais au fait, depuis quand avait-elle commencé à trembler ? L'adrénaline lui avait permit de tenir. A l'arrière, un gémissement s'éleva et la tira de ses pensées. Elle se retourna alors. Le brun avait son visage déformé par la douleur et semblait totalement dans les vapes.

    -Ses plaies ont dût se rouvrir... marmonna le blond. Réveille-le ! Il faut qu'il reste conscient ! finit-il par ordonner à la jeune femme.

    Elle le secoua alors, lui prenant l'épaule, tentant de le ranimer. Ce fut après quelques longues minutes qu'il ouvrit enfin les yeux. Sa première réaction fut de jurer puis il porta sa main à sa plaie.

    -Ethan. le salua le blond alors qu'il dépassait une voiture.
    -Jo'... Fais chier...
    -Bouge pas trop, mais reste avec nous mon pote.
    -Ouais... J'sais... Mets la radio.
    -Pour entendre ta musique de barbare ? Certainement pas !
    -Aller mec ! Fais-ça pour ton camarade blessé.

    Il céda et alluma le poste de radio, le branchant sur la bonne station radio. A cet instant un soupire d'aise s'échappa des lèvres du brun.

    -Le paradis... Au fait, Jo'... Tu nous emmènes où ?
    -Chez moi. On n’est plus très loin. Faut que je te soigne mieux que ça.

    Et le silence se fit. Pendant ce temps, la jeune rousse s'était contentée d'observer en silence. Que dire, de toutes manières ?

    -Kalie, c'est ça ? murmura le brun à l'arrière.

    Elle acquiesça et se retourna légèrement.

    -Quel âge tu as ?
    -Dix-sept.
    -D'la merde ! il frappa la portière avec son pied alors que son compagnon lui hurlait dessus.
    -Qui êtes-vous ? osa alors la rousse.

    Du tac au tac, les deux hommes répondirent tous les deux, en même temps et simultanément, deux réponses totalement différentes. Et alors que le blond jurait qu'ils n'étaient "personne", le brun avouait qu'ils étaient des "tueurs à gages". Elle déglutit difficilement. Voilà... Elle savait maintenant.

    -Je peux te poser une question, Kalie ?

    La voix était doucereuse, agréable et si mielleuse que Kalie se retourna vers le conducteur et attendit, ses deux yeux émeraude posés sur le blond.

    -Pourquoi ne t'es-tu pas enfuie ?
    -Je... je ne sais pas.
    -Tu aurais pus pourtant. Tu en avais l'occasion. Tu aurais même pus nous tuer, appeler la police ou quoi que ce soit... pourquoi ?
    -Parce que je suis revenu la chercher, pardi ! railla le brun.
    -Sans doute. avoua-t-elle finalement à demi-mots.

    Elle n'avait pas les réponses elle-même. Elle se contenta de porter son regard sur le paysage défilant derrière les vitres. Ces lignes droites de couleur différentes qui symbolisaient des arbres, des routes, des panneaux, des gens, des animaux, des champs... Et puis la fatigue la prit et elle s'endormit. Sa tête reposant contre le carreau, elle paraissait si fragile... Le blond fut attendrit par la vision et la recouvrit d'une veste trainant là.

    -Ethan... Pourquoi t'as fais ça ?
    -C'est toi qui demande, monsieur cœur tendre ? il marqua une courte pause. Laisse... Plus tard. On arrive quand ?

    A peine vingt minutes plus tard, ils arrivaient devant une grande villa. Les portes s'ouvrirent sur une simple pression d'une télécommande. La voiture entrée sur le terrain privé, le blond coupa le moteur et descendit. Il s'approcha de la portière arrière mais Ethan le devança et sortit en agitant sa main d'un signe las. Énervé, il laissa le brun faire son beau et sortir seul de la voiture avant de lui agripper le bras et de l'aider à marcher. Il l'aida à gravir les quelques marches mais bien vite, le blessé se délesta du blond et s'immisça dans la grande demeure.

    -A l’étage. Première porte à gauche. soupira Johan.

    Et sans attendre que le brun ne lui réponde, il repartit à la voiture.

    Précieusement, il ouvrit la portière et retint la jeune femme encore endormie. Il la détacha et la prise dans ses bras. Il la transporta dans une des chambres à l'étage et la recouvrit d'une couverture. Il posa le sac et des vêtements de rechanges sur la petite table présente dans la pièce avant de redescendre. Il rejoignit par la suite son collègue dans une autre chambre. Celui-ci avait ôté son t-shirt et s'était allongé sur le lit. Dans une de ses mains, il tenait une bouteille d'alcool fort à moitié vide.

    -Merde ! Ethan ! Réveille-toi !

    Il se rua sur son ami et le secoua. Un simple mais féroce beuglement lui répondit alors qu'Ethan émergeait doucement.

    -Reste avec moi, mon pote.

    Son ami lui répondit d'une voix fébrile. Il ouvrit difficilement les yeux et sans bouger la tête, il fixa son ami du coin de l'œil. Il respirait fortement, la douleur l'empêchant de faire autrement. Johan devait défaire, nettoyer une nouvelle fois puis refaire les points. Alors il partit à la recherche de ce dont il avait besoin. Il revint donc avec une aiguille, du désinfectant et quelques serviettes. Il ne prit même pas la peine de prévenir le blessé avant de verser le quart de la bouteille sur le dos du brun. Le blessé s'étrangla alors, tant la souffrance fut rude à encaisser, mais pas un mot ne sortit de ses lèvres. Il se contenta de serrer les dents, laissant l'homme aux cheveux blond percer sa peau à l'aide de l'aiguille.

    Après de longues minutes, la douleur fut tellement forte que sa tête lui tourna. Il manqua de s'évanouir mais se força à rester éveiller sous les demandes de son ami. La plaie recousue, Johan fit assoir le brun et agrippa deux compresses pour les appliquer sur les lésions. Il banda alors son torse.

    -Rallonge-toi. J'ai stoppé l'hémorragie. Tu peux dormir.

    Il soupira difficilement et se rallongea doucement alors que son ami rassemblait le matériel afin de le nettoyer. Il s'apprêtait à sortir de la pièce lorsque le blessé l'interpella.

    -J'ai descendu ses parents, Jo'. Je l'ai livré à un enfoiré à la tête d'un réseau de putes... Tu voulais que je fasse quoi d'autres ?
    -Je vois... Et... Tu comptes la garder combien de temps ?
    -Je... il marqua une courte pause semblant se raviser. Elle restera aussi longtemps qu'elle le voudra...
    -Et tu comptes lui dire ?
    -Elle le sait, non ?
    -Crétin, tu l'as kidnappée, tu l’as livrée aux mains d’un porc et t’es retourné la chercher. Tu crois pas qu'elle est perdue là ? Au fait... Pense à la remercier. Elle a assuré à l'hôtel.

    Et sur sa dernière phrase, il sortit. Il laissa seul le brun face à ses pensés. Tandis qu'il réfléchissait, la fatigue le prit et il sombra dans les bras de Morphée.

    Dans le couloir, Johan croisa la petite rousse. Elle avait passé le jean clair et la chemise à carreaux bleus. Elle se tenait comme si elle venait d'être prise en faute et qu'elle allait se faire réprimander. Or le blond se contenta de lui sourire et de disparaitre dans la salle de bain.  Elle lui emboita le pas et pénétra dans la petite pièce éclairée.

    -C-comment va-t-il ? bafouilla doucement Kalie
    -J'ai refermé sa plaie. Il est sous analgésiques. Il va s'en remettre.

    Elle acquiesça et baissa les yeux. Johan compris immédiatement en observant le reflet de la jeune femme dans le miroir en face de lui.

    -Tu nous as entendu, pas vrai ?

    Elle se contenta d'un hochement de tête et ses pieds semblèrent subitement très intéressants.

    -Je peux aider ? demanda-t-elle avant que Johan ne puisse répondre quoi que ce soit.

    Il lui adressa un fin sourire et lui indiqua les serviettes de la tête. Il lui demanda gentiment si elle pouvait les mettre à la machine et elle accepta.

    -Il faut que je passe un coup de fil. Fais comme chez toi...

    Elle sortit alors et fit rapidement le tour de la maison. Elle mémorisa chaque pièce du premier puis du second étage. Et puis la baie vitrée du rez-de-chaussée l'attira. Elle fit coulisser le panneau en verre et se glissa sur la terrasse. Le bois résonna sous ses pas. Elle marcha jusqu'à la balustrade où elle s'appuya un instant.

    Le panorama était à coupé le souffle. Les montagnes à l'horizon, la forêt juste au pied... Les nuages au loin... L'alliance du vert et du blanc...

    Sur son flanc, il y avait une balancelle, alors elle se détacha de la rambarde et s'installa. Les genoux contre sa poitrine, elle observa longuement la vue. Il faisait un peu froid et elle ne tarda pas à frissonner alors elle rentra et se saisit de la seule couverture qui trônait sur le long canapé d'angle en velours avant de retourner s'installer sur la balancelle. Elle était si bien ici, le vent faisant voler ses longs cheveux. Enveloppée ainsi, elle n'avait plus du tout froid.

    -Belle vue, pas vrai ?

    Le blond s'était glissé derrière elle. Elle n'avait pas fait attention au temps et elle s'aperçut que le soleil déclinait au loin. Combien de temps était-elle restée là ? Elle ne savait plus. Quand il s'assit à côté, la balancelle se mit à se tanguer. Il garda ses jambes au sol pour la stopper et lui tendit une tasse fumante.

    -Chocolat.

    Elle l'agrippa, le gratifiant d'un simple sourire absent. Il était si chaud qu'elle se brûla légèrement les doigts. Alors elle souffla. Un doux nuage blanchâtre s'élevait devant son visage. Johan sourit. Il porta son regard plus loin, quittant des yeux la jeune femme. Il prit alors quelques gorgées brûlantes, habitué à le boire ainsi.

    -Pourquoi tu ne fuis pas, Kalie ?... Je veux dire... Tu es intelligente... Tu nous as entendus, tu sais ce... qu'on fait. Tu sais que tu n'es nullement notre prisonnière et qu'au contraire, tu es plus en danger avec nous. Alors pourquoi ?
    -Pour aller où ? répondit-elle clairement

    Son sourire s'agrandit. Il l'aimait bien, cette fille. Il s'enfonça un peu plus sur la balancelle, son dos venant toucher le dossier alors qu'il observait le soleil disparaitre derrière la montagne au pic enneigé. La nuit tombait, jetant sur la campagne une atmosphère plus calme et sereine. Les tasses étaient vidées aux trois quarts lorsque le blond s'étira finalement.

    -Il va falloir penser à manger. Que veux-tu ce soir ?
    -C'est toi qui cuisine ?
    -Eh bien... Je crois que je vais devoir m'y coller, oui !

    Il se leva alors que la jeune fille pouffait doucement dans son dos. Elle s'excusa en un doux murmure avant de se lever à son tour et de le suivre. Ils se souriaient à chaque fois que leurs regards se croisaient. Assise sur un tabouret haut au coussin confortable, juste devant le bar, qui délimitait la cuisine, elle regardait le blond s'activer, toujours devant sa tasse et la couverture sur son dos.

    Elle vidait doucement sa tasse d'une manière distraite, absorbée par son observation. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas vraiment détaillé cet homme auparavant. Elle n'avait pas remarqué ses épaules carrées moulées par ce t-shirt noir, ni même son torse finement musclé. Elle n'avait pas prêté attention à sa peau légèrement tannée et... Et ce pendentif qui ornait son cou. Elle s'y attarda un long moment, le contemplant lorsque le blond se tournait vers elle. Il ressemblait à une dent. Une dent pointue, triangulaires... avec des stries sur les bords... Une dent... De requin ?

    Elle continua à détailler le cuisinier. Les yeux bleus, si clairs qu'ils semblaient à la limite du gris, naviguaient dans la cuisine. En réalité, l'aisance que le blond avait à s'activer devant les fourneaux, étonna Kalie.

    -Salade, Risotto poulet-champignons maison et glace ! annonça fièrement le cuistot de fortune alors qu'il sortait de la cuisine, contournant le bar et se dirigeait vers la grande table du salon.

    Il déposa les assiettes sur la table. Elles fumaient et sentaient si bon que Kalie s'approcha.

    -Prends des couverts dans le tiroir, je vais voir si Ethan est réveillé.

    Elle acquiesça et ouvrit tous les tiroirs avant de trouver le bon. Elle prit trois fourchettes, trois couteaux et les disposa sur la table. Au moment où le dernier couteau était disposé, Johan réapparaissait.

    -Il ne mangera pas avec nous ce soir...

    Il prit place juste en face de la jeune femme et commença à manger. Rapidement, ils se mirent à discuter jovialement. Peu de chose importait. Ils parlaient, c'était tout. Vers la moitié du repas chaud, le téléphone portable du brun se mit à vibrer. Il posa doucement ses couverts et se saisit de l'appareil.

    -Excuse-moi.

    A cet instant, alors que ses yeux s'attardaient à lire les quelques lignes, son visage s'assombrit. La jeune rousse se sentit extrêmement mal à l'aise. Elle attendit que l'homme repose son téléphone sur la table avant de relever son propre visage. Il souriait, comme si de rien était.

    -Désolé. Tu disais ?
    -Oh... euh... Je ne sais plus.
    -Un peu de glace ?

    Il se leva et débarrassa les assiettes. Elle l'aida, ramenant les plats en cuisine. Là, une petite cuiller lui échappa des mains et rebondit sur divers endroit. Les tentatives de rattrapage, l'envoyant plus loin encore, firent rire la jeune femme. A cet instant, les blagues se mirent à fuser. Ils rirent ensemble pendant de longues minutes, en oubliant le dessert qui fondait sur le plan de travail. Ils finirent tout de même par manger la glace, le sourire encore aux lèvres. Et puis un bâillement échappa à Kalie. Johan le perçut.

    -Tu es fatiguée. Tu peux aller dormir, si tu veux.

    Elle frotta son œil d'un geste enfantin et pencha sa tête sur le côté, ses bras tendus et ses mains s'accrochant à ses genoux. Elle s'étira légèrement. Elle venait de réaliser que son sourire n'avait pas quitté son visage depuis un bon moment. Elle se sentait si bien avec le blond, si familière... C'était presque comme si elle le connaissait depuis toujours.

    La fatigue l'achevant cependant, elle se leva et souhaita une bonne nuit à Johan. Elle déambula quelques temps dans le couloir, grimpant l'escalier, avant d'arriver devant une porte. Peu entrouverte, elle laissait apparaitre une chambre aux boiseries claires. A l'intérieur, un lit au couvre-lit beige sous lequel reposait le corps endormit d'Ethan. Elle observa un moment son visage endormit et puis elle se sentit comme une voyeuse alors elle continua son chemin et arriva devant une énième porte. Sa chambre, en tous cas celle qu'on lui avait attribuée.

    Elle ôta ses vêtements puis se glissa dans les draps froids.

    Les minutes se transformèrent en heures qui s'étirèrent en jours. Une routine s'installa sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte. A son réveil, une tasse de chocolat était posée sur le bar, l'attendant patiemment alors que Johan s'occupait sur la terrasse. Elle la sirotait avec lui, assise sur la balancelle, échangeant quelques mots. Puis l'heure du repas arrivait, et Johan lui apprenait à cuisiner quelques plats. A chaque fois, Ethan ne descendait pas. Alors ils mangeaient en tête à tête. Les après-midis étaient passés ensemble, parfois devant la télé, parfois dans l'immense jardin... De temps en temps, Ethan sortait son nez. Il semblait se rétablir et de jour en jour reprendre des forces. Mais il disparaissait avant l’heure des repas arrive.

    Une réelle complicité était née entre le tueur à gage blond et Kalie. Elle venait à se confier à lui et le blond parlait lui aussi. Beaucoup de sujets étaient tabous et n'étaient jamais évoqués, elle le savait, mais cela ne la dérangeait pas. Elle souriait. Elle se sentait bien. Et puis... Un matin, elle découvrit le bar vide. Il n'y avait pas sa tasse. Trouvant cela bizarre après plus d'un mois, elle chercha Johan et ne le trouva nulle part. Elle s'apprêtait à fouiller la maison lorsqu'elle entendit un bruit sourd provenant du bureau. Elle emprunta alors le long couloir et ouvrit doucement la porte. A cet instant, son cœur rata un battement. Elle eut peur et manqua d'hurler. Elle l'aurait fait en réalité, si une main n'avait pas entravée ses lèvres et elle se serait sauvée si un homme ne lui avait pas agrippé ses poignets. Elle avait peur, elle voulait appeler Johan, le supplier de venir la sauver... Elle se débâtait. Elle se mit à paniquer lorsqu'elle compta les quatre hommes inconnus. Puis elle vit enfin le blond au sol. A genoux, un des hommes se trouvait derrière lui, une arme pointée vers sa son visage. Il tenait ses mains en l'air, comme s'il voulait se rendre.

    -Dis à ta belle de se calmer, Jo.

    Il leva les yeux vers elle. Elle était totalement effrayée, ses yeux grands ouverts le suppliaient de la sauver... De la défaire de l'étreinte douloureuse.

    -Kalie, calme-toi. Ca va aller. se força-t-il à dire d'une voix rassurante.

    La jeune fille, le cœur battant toujours, s'obligea à se détendre. Elle avait confiance en Johan. Alors, comme elle cessait de s'agiter, l'homme qui la maintenait la jeta sur le canapé le plus proche. Elle se cogna l'épaule sur le bois du cadre du sofa mais elle s'assit doucement, faisant abstraction de la douleur. Elle était témoin de la scène, totalement impuissante, mais au moins l’autre abruti l’avait lâché.

    -Dis-nous où est le phœnix ?
    -Je ne l'ai pas, je vous l'ai déjà dis. C'est-

    Il s'interrompit lorsqu'un coup brutal lui fut donné à l'arrière de son crane. Kalie sursauta et le vit s’écrouler, complètement sonné. Face contre terre, il amena difficilement sa paume jusqu'à sa nuque et il mit un temps avant de comprendre. Mais il vit du coin de l'œil la jeune femme bouger, alors il leva sa main, la stoppant. Mince ! Elle s'enfonça dans le sofa tandis qu'il se redressait, encore étourdi. Il n’eut cependant pas la possibilité de se redresser totalement que déjà, un coup brutal au visage lui était assené, l'envoyant rencontrer une nouvelle fois le sol. Et puis un pied qui rencontra brutalement ses côtes, une fois, deux fois, trois, quatre... Il perdit le compte et Kalie aussi alors qu’elle pleurait. Elle voulait intervenir, l’aider, se jeter aux pieds de l’autre gars et le supplier d’arrêter…

    Du regard, Johan dissuada la jeune femme d'intervenir, alors elle restait là, simplement assise, voyant juste la scène de loin... Entendant les gémissements du blond. Il semblait sur le point d'hurler lorsqu'une nouvelle tête fit irruption dans la pièce.

    C'était Ethan.

    Son intrusion avait stoppé la torture de son ami Il se tenait dans l'embrasure de la porte. Deux hommes se jetèrent alors sur lui. Un cou de genoux le fit se plier et Kalie étouffa un cri. Il resta là, un moment, comme ça. La confiance et la fierté des hommes montaient en eux jusqu'à ce que celui qui l'avait frappé ne sente Ethan se raidir.

    -T'aurait jamais dut. grinça-t-il.

    Et d'un geste si rapide, il sortit une arme et tira dans le pied d'un des hommes. Il tira trois autres coups rapides dans le corps d'un seul homme, deux dans un autre et encore un entre les deux yeux du premier qui avait hurlé sa douleur en tenant son pied au travers de la chaussure. Le dernier vivant tenta une feinte pour sortir son arme à son tour, mais il ne fut pas assez rapide et tomba raide mort avant même d'avoir touché son arme. Une fois sûre que personne ne se relèverait, Kalie se précipita près du blond.

    -Johan !
    -Ca va Kalie... il tenait ses côtes en murmurant ses quelques mots.
    -Jo', c'est qui eux ? demanda le brun, rangeant son arme.

    Il ne répondit rien, s'appuyant sur l'épaule frêle que la jeune fille lui offrait pour se relever. Un trait de sang barrait sa tempe  et sa lèvre était fendue à l'opposer. Kalie devinait les hématomes naissant sur les flancs du blond. Elle avait eut si peur ! Son cœur battait encore à tout rompre.

    -On fait quoi de leur cadavres, Jo' ?
    -Je vais m'en occuper, retourne te coucher.
    -T'es drôle !

    Il passa à côté d'un corps et s'empara des chevilles d'un macchabée et les tira. Le blond se ressaisit alors et lâcha la jeune femme. Il imita difficilement le brun et sortit les corps. Bientôt, les quatre morts se retrouvaient entassés dans la benne d'un pick-up bleu.

    -Kalie, tu peux aller chercher de quoi nettoyer dans la salle de bain s'il-te-plaît ?

    Elle accéda à la demande du blond mais au lieu de s'affairer à nettoyer une fois revenue, elle fourra le tout dans les bras du brun et entraîna le blond par le poignet. Elle resta silencieuse jusqu'à arriver dans la salle de bain.

    Johan s'assit sur l'un des meubles et patienta pendant que la rousse passait les cotons imbibés d'eau oxygénée sur les plaies. Une fois qu’elle eut terminé, elle regarda le jeune homme qui souriait d'un sourire absent.

    -Tu les connais. Un rapport avec les messages insistants ?
    -Tu as remarqué...

    Il déglutit difficilement et détourna le regard. Il n'était pas intimidé, il ne voulait juste pas en parler. Et Kalie le comprit. Mais elle voulait savoir. Elle jugeait en avoir le droit après s'être faite entrainée la dedans...

    -On va nettoyer le bureau, Ethan se débarrassera des corps.

    Là, Kalie n'eut rien à redire. Elle suivit le blond, juste silencieuse. Ethan démarrait déjà le pick-up dehors alors elle se saisit de la serpillère et lava le plancher clairs du sang.

    Au bout d'une petite heure, ils eurent finit. Alors qu'ils vidaient l'eau savonneuse ensanglantée dans le lavabo, la porte s'ouvrit. Ethan était revenu. Aussitôt, la rousse se sentit dérangée par la présence. Elle s'enfuit alors dans la salle d'eau où elle prit une longue douche, laissant les deux hommes se faire face au salon.

    -Tu t'es décidé à sortir ?
    -Fallait bien que je sauve encore ton cul.

    Johan se tut, fusillant du regard le brun qui comptait les balles restantes dans le chargeur. Il démonta par la suite son Beretta sous le regard las de son ami.

    -Tu es puéril, Ethan.

    Et sur ce, il se leva, laissant le brun remonter silencieusement son arme et la glisser à sa ceinture.

    -Il faut que j'y aille, Jo'. Le sonneur à peut-être quelque chose pour moi.
    -Emmène Kalie avec toi.
    -Quoi ?
    -Emmène-là. C'est tout.

    Le brun se stoppa un moment. Dans l'entrée, il avait vue sur toute la salle. Il voyait le blond. Il lui tournait le dos. Intrigué, le brun plissa les yeux. Pourquoi tenait-il à ce point à ce qu'il emmène la jeune femme avec lui. Il savait pertinemment que ce n'était pas un endroit sûr... Pas pour une jeune femme en tous cas.

    Il haussa cependant les épaules. Depuis le temps qu'il le connaissait, il avait apprit à se fier à lui. Aussi savait-il qu'il avait une bonne raison, peu importe qu'il ne sache pas laquelle.

    -Eh ! Gamine ! appela-t-il.

    La tête rousse pointa en haut des escaliers. Elle dévisagea l'homme.

    -Tu viens avec moi.

    Elle descendit précautionneusement les escaliers et chercha l'accord visuel du blond mais ne l'obtint pas. Il tournait toujours le dos, face au plan de travail. Elle le suivit alors lorsqu'il la pressa et la poussa dehors, refermant la porte derrière eux. Il monta en voiture, et attendit que la rousse s'installe avant de démarrer. Elle resta silencieuse, préoccupée.

    -Toi aussi.

    Elle se retourna vers le conducteur. Elle ne comprenait pas.

    -Tu as remarqué, pas vrai ?

    Elle acquiesça. Oui, elle avait remarqué le tourment du blond. Oui, elle avait remarqué les messages incessants, ses airs graves lorsqu'ils les lisaient. Oui elle avait remarqué les secrets et les sujets qu'il évitait. Un détail lui revint en mémoire alors qu'ils se trouvaient à des kilomètres de la maison. Elle se souvenait d'une valise, glissée dans l'entrée. Elle en fit part au conducteur qui n'en eut que faire. Il se gara sur le parking d'un immeuble.

    - Attends-moi là.

    Elle obéit, sagement assise dans la voiture. Inquiète et ne pensant qu'à son ami blond. Deux heures plus tard, Ethan revenait à la voiture. Kalie était hors d'elle. Il avait osé l'abandonner deux longues heures. Mais surtout, elle avait peur que le blond soit partit. Alors quand il ouvrit la portière, elle le réprimanda, hurlant sa colère et son inquiétude. Bien vite elle se stoppa. Le brun puait l'alcool.

    -Tu es saoul.
    -Et toi tu es mineure. rajouta-t-il.

    Elle le fusilla du regard mais garda le silence. Quel était le rapport ? Elle préférait ne pas s'énerver maintenant et rentrer au plus vite. Par chance, le brun roula plus vite qu'à l'allée. L'alcool, se dit en premier lieu la rousse. Mais son avis changea lorsqu'elle croisa le regard assombris du conducteur. Qu'avait-il apprit pour que son visage ne se tende à se point ? Qu'avait-il comprit pour qu'il ne serre à ce point le volant ? Elle ne savait pas. Mais elle sut qu'il n'était plus très loin lorsqu' Ethan mit un coup d'accélérateur.

    Il se gara nerveusement au frein à main, dérapant sur l'allée avant de sortir du véhicule en trompe et de presque défoncer la porte. S'en suivit une lourde discussion bruyante et mouvementée entre les deux hommes. Kalie n'entendit que des bribes car bien vite, ils s'enfermèrent et continuèrent leur discussion plus bas. Elle ne les entendait plus, en tous cas elle ne les comprenait plus. Son ventre grogna et les hommes se disputaient encore.

    Midi était passé, alors elle si fit à manger. Elle terminait son assiette quand les deux hommes sortirent de la salle où ils s'étaient enfermés. Johan sourit doucement à la jeune femme alors qu'Ethan passait devant elle sans la regarder. Il se servit dans la poêle et se tira une chaise avant de commencer à manger. Le blond se montra plus courtois et remercia la rousse pour le repas. Il la complimenta même et elle sourit, oubliant momentanément la peur qu'elle avait de perdre son ami.

    Lorsqu'elle eut finit, cependant, elle ramassa ses couverts et les mit à laver puis sortit sur la terasse. Son cœur se serra... Elle s'était attachée à son ainé blond. A table, les deux hommes se faisaient face. Seul le brun osait lever les yeux vers son comparse.

    -Tu vois ? finit-il par lâcher.

    Johan ne répondit rien. Il continua à mâcher. Mais son ami ne sembla pas vouloir le lâcher, alors il réitéra. Cette fois, le blond répondit d'un ton amer

    -Tu ne lui as jamais dis merci.

    Cette fois, le brun se tut, il ne sut quoi répondre. C'était vrai... Il ne l'avait jamais remerciée de l'avoir tiré de cet hôtel. Ce n'était pas "juste un retour des choses" comme il avait tenté de s'en convaincre. La jeune femme aurait put s'enfuir, le laissant là, sa plaie ouverte.... Elle aurait pu l'abandonner, partir... Mais elle était resté et avait veillé sur lui, lui qui avait... lui qui l'avait...

    Voilà, il n'avait plus faim, repenser à ça lui avait coupé l'appétit. Il remercia sommairement son vis-à-vis avant de se lever de table. Il traversa la salle à manger, et ouvrit la porte de verre. La rousse était là, assise à sa place, sur la balancelle. Son regard posé au loin, elle semblait ailleurs, dans ses pensées. Alors le brun toussa pour faire remarquer sa présence. Elle ne prit pas la peine de tourner la tête. Elle savait que s'il s'agissait de Johan, il serait venu s'assoir près d'elle, comme il le faisait si souvent.

    -Je peux te parler ?

    Elle haussa les épaules. Avait-elle réellement le choix ? Il s'approcha et se posta près d'elle, face à elle. Mais elle ne le regarda pas. Il prit place près d'elle et stoppa le balancement qu'elle imposait.

    -Merci.

    Son visage marqua son étonnement. Elle l'épia du coin de l'œil. Elle savait pourquoi il la remerciait mais voilà plus d'un mois déjà que cela s'était passé, alors elle avait finit par ne plus attendre.

    Les muscles du brun se tendaient nerveusement et il agrippait ses genoux à l'aide de ses longs doigts fins.

    -Ecoute... Je voulais... Enfin...Désolé... Je...

    Il bafouillait ? La jeune femme crut défaillir. Lui, le tueur à gage qui lui filait des frissons dans le dos... bafouillait... ? Elle reprit contenance, voyant que le brun l'observait. Lorsqu'il tenta à nouveau de formuler une phrase correcte, il se remit à bafouiller alors la rousse prit les devant.

    -C'étaient pas mes parents.

    Le brun s'étouffa.

    -Ils m'avaient adoptée deux semaines plus tôt. Le vieux était ivrogne et la femme devait être schizophrène. Mes parents sont morts quand j'avais neuf ans. Accident de voiture. Je sais que tu les as tués... les gens chez qui j'étais, je veux dire. C'est bon.

    Il resta sans voix, assis là, il la regardait. Elle avait dit ça d'une voix tellement froide, tellement neutre... Elle était si détachée, c'était presque comme si elle n'avait jamais été concernée. En elle, il se retrouva quelques années plus tôt.

    -Quel âge tu as ?
    -Vingt-trois.

    Il avait retrouvé son calme et son regard froid qu'il portait au loin. Ils faisaient enfin connaissance. Et puis les jours passèrent où ils s'échangeaient plus qu'un simple "bonjour" amical. Kalie commençait à bien s'entendre avec les deux tueurs à gage et elle se força à développer ses sens. Elle se montra très observatrice, détaillant chaque manie, chaque tic des deux hommes. Elle les suivait parfois lorsqu'ils avaient une affaire peu dangereuse à régler. Elle observait. Elle retenait. Mais elle restait un bout de femme et en fin de compte, elle riait avec les deux hommes et cela amenait autour de la table une ambiance joviale.

    Un soir, Kalie monta plus tôt. La journée avait été rude et éprouvante pour elle, la mission s'était compliquée et ils avaient dût s'enfuir, une horde d'homme armée à leurs trousses. Ethan et Johan restèrent alors seuls autour de la table du salon, les assiettes vides devant eux.

    -Elle t'apprécie. murmura Johan

    Le blond laissa un temps de silence avant de reprendre la parole.

    -Elle te ressemble...
    -Peut-être. le visage du brun se détourna
    -Tu t'es attaché à elle. Ca se voit.
    -Tu sais bien qu'on ne peut s'attacher, dans notre profession, à personne !
    -Elle a besoin de toi, Ethan.
    -Elle n'a plus besoin de personne.

    Johan s'arrêta et dévisagea son ami. Il ne comprenait pas où le blond voulait en venir. Mais alors qu'il pensait que son vis-à-vis continuerait, il se leva de table et se dirigea vers la bibliothèque qui jouxtait la cheminée. De derrière un livre, il sortit un Desert Eagle.

    -Elle en a planqué un deuxième sous son oreiller. Chaque soir, elle le démonte et le remonte. Elle a apprit.

    Le regard de Johan chercha puis s'attacha à celui plus sombre du brun.

    -Elle a dix-neuf ans maintenant. L'âge que j'avais quand... On a fait d'elle une tueuse.
    -Elle n'a jamais tué ! s'indigna Johan
    -Mais elle tuera.
    -Comment tu peux le savoir ?
    -Parce que j'étais elle il y a sept ans, Jo'.

    Et sur ce, il débarrassa la table. Une fois les plats au sale, il s'avachit sur le divan. Il s'alluma le poste de télé devant lui et zappa sur les différentes chaînes. Le film érotique sur la chaîne spécial ne l'intrigua même pas et il zappa, encore et encore. Il se laissa bercer par les changements et finit par s'endormir.

    Johan revint à ce moment là, les cheveux et épaules encore humides de sa douche récente. Il voulut s'installer auprès de son ami mais le découvrit dans les bras de Morphée, loin très loin, alors il éteignit la télévision et allongea son ami sur le divan. Il le couvrit ensuite d'une couverture puis monta jusqu'à sa chambre. Mais alors qu'il sombrait lui aussi, son téléphone vibra sur la table de chevet juste à côté de sa tête. Il l'agrippa et lut les quelques lignes. Son visage s'assombrit aussitôt.

    Dans sa chambre, Kalie venait d'être réveillée par un bruit sourd. Elle ouvrit les yeux brutalement et se redressa rapidement dans son lit. Elle avait fait un rêve étrange. Un second bruit sourd retentit. A cet instant, la rousse eut un mauvais pressentiment. Sans même enfiler un pantalon, elle descendit. Une tête brune reposait sur l'accoudoir du salon. Un. Elle remonta et fit le tour de l'étage de la maison et chercha dans chaque pièce, ouvrant les portes à la volée.  Il n'y avait personne. Elle descendit une seconde fois et fit le tour. Johan était introuvable. Elle s'apprêtait à sortir lorsqu'elle passa devant le bar et que quelque chose lui attira l'œil. Sur la table, une tasse fumante. Elle s'approcha. Du chocolat chaud et sous la tasse, un petit bout de papier.

    "Nouveau contrat. De retour dans deux semaines. A bientôt, Kalie."

    Le mot était écrit au stylo sur une feuille brunie et signé Johan. A cet instant, le cœur de la rousse se stoppa. Elle lâcha le papier et se précipita vers Ethan toujours endormis. Elle se mit devant lui et se mit à le secouer et à hurler. Il se réveilla alors en sursaut et ouvrit de grands yeux encore embrumés.

    -Johan est parti !

    Mais malgré ses répétitions, le jeune homme ne semblait pas comprendre. Alors elle retourna chercher le mot et le planta devant les yeux verts. Il prit alors la note et la lut. Là, il sembla être parcourut par un vif courant électrique. Il se réveilla d'un coup. Ses yeux grands ouvert, sa bouche formant un grand O, il semblait vouloir agir. Cependant il se ravisa et se réinstalla dans le fauteuil. Il détourna le regard et évita les yeux furieux de la jeune femme.

    -C'est rien. dit-il d'un ton las. Il a un contrat.
    -Pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? D'habitude il attend le matin ! Il attend qu'on soit levés !
    -C'est rien je t'ai dis !

    Pour la première fois, il éleva la voix. Kalie se tût et observa Ethan se lever et monter les marches en direction de la salle de bain. Quelque chose clochait. Elle ne bougea pas. Elle attendit que le brun redescende. Il avait perdu le sourire qu'il avait eut la veille.

    Ainsi, pendant une semaine, la rousse et le brun s'adressèrent à peine quelques mots. Ils restaient sept jours avant que le blond ne rentre. Et sept jours, c'était long. Elle passait ses journées assise sur la balancelle. Elle regardait au loin durant de longues heures. Ethan, lui, partait chaque matin et ne rentrait que tard le soir. Il ne lui disait pas où il allait, mais Kalie le devinait. Il passait ses heures à enchainer les petits contrats. Elle le voyait à sa tête fatiguée et parfois aux gouttelettes de sang sur lui. Elle le savait grâce aux liasses de billets qu'il glissait dans l'un des tiroirs de sa chambre. Elle entendait le grincement chaque soir lorsqu'il rentrait. Car elle ne dormait pas avant de le savoir à la maison. Elle se contentait de l'attendre dans sa propre chambre, dans son lit.

    Un matin, elle s'éveilla plus tôt qu'Ethan, alors elle descendit, habillée d'un simple jean et d'un sweat. Elle l'attendit, assise sur l'un des tabourets du bar, sirotant son chocolat chaud habituel. Il avait un gout amer, aujourd'hui, son chocolat chaud. Et elle ne savait que trop bien pourquoi...

    Quarante longues minutes qu'elle l'attendait déjà. Il était réveillé, elle l'avait entendu faire du bruit à l'étage. Elle prit finalement les devants et monta dans la chambre. Elle ne prit pas la peine de frapper, elle savait que le brun l'avait entendue.

    -Ca fait un mois. annonça-t-elle d'un ton monocorde.

    Le brun ne lui adressa pas même un regard. Alors elle reprit, élevant un peu plus la voix.

    -Un mois que nous n'avons aucune nouvelle de lui. Je sais que tu trouves ça bizarre, toi aussi. Elle marqua une courte pause et se plaça devant lui.

    Il s'était assis sur son lit, les jambes nonchalamment écartées et tenait son visage entre ses mains.

    -Tu sais où il est.

    Ce n'était pas vraiment une question qu'elle venait de poser. Elle avait plutôt affirmé le fait.

    -On a des règles, Kalie. On n'intervient jamais quand un contrat est en cours.
    -Je sais. Mais si c'était un piège.
    -On ne peut pas, Kalie.

    Sa voix n'était plus qu'un murmure et la rousse s'irrita. Elle se sentit partir en vrille.

    -On va le chercher.

    Elle sortit de la chambre du brun et marcha jusqu'à la sienne. Elle enfonça presque brutalement sa propre porte et se dirigea vers le fond de la pièce. Elle ouvrit la grande armoire en bois clair et saisit un sac noir. Elle le traina jusqu'à la chambre du brun qui, lorsqu'il l'eut à ses pieds, l'ouvrit de ses doigts fins. Il découvrit avec surprise des armes en si grand nombre qu'il crut défaillir. Il leva les yeux vers la jeune femme qui s'était assise sur le fauteuil en face.

    -Tu ne les avais pas trouvés eux.

    Il passa sa main dans ses cheveux, pensif. La jeune femme était bien décidée à le traîner coute que coute à la recherche de son ami. Alors il céda. Il fourra dans les bras de la rousse son ordinateur portable avant de disparaitre dans la salle de bain. Il réapparut une dizaines de minutes plus tard. Il était torse nu lorsqu'il la rejoignit, il n'avait passé qu'un jean. Kalie ne se gêna donc pas pour l'observer. Hormis ses deux cicatrices apparentes, son torse était parfait. Imberbes et pâle, elle se dit qu'il ne devait pas souvent prendre des coups. Un t-shirt clair vint alors la déranger dans ses observations. Il venait de se rhabiller entièrement. Elle ne pouvait plus voir les muscles rouler sous la peau, elle ne pouvait que se contenter de les deviner. Aussi se reconcentra-t-elle sur l'ordinateur. Il lança un programme qui ouvrit une fenêtre noire où des écritures blanches défilaient. La jeune femme reconnut des coordonnées GPS dans le flot d'informations. Il les reporta sur un autre logiciel. Là, une forêt dense s'offrait à leurs yeux.

    -C'est là que j'ai perdu sa trace. Il y a deux semaines de cela. Près d'un camp de rebelles.
    -Tu veux dire... Qu'il y a des chances qu'il se soit fait capturer ?
    -Je ne sais pas en quoi consistait son contrat, mais s'il était en mission là-bas... C'est possible.
    -En combien de temps on peut y être ?
    -Huit heures de vol et une demi-journée de route.

    Elle se leva à la fin de la phrase du brun et revint quelques minutes plus tard, des affaires en mains, qu'elle glissa dans son sac plein d'armes.

    -Rassure-moi... tu ne comptes pas aller à l'aéroport avec tout ça ?

    La rousse le dévisagea un moment. Elle n'y avait pas pensé. Mais Ethan, lui, semblait avoir déjà un plan en tête. Il se leva à son tour et ouvrit précieusement les portes de son armoire. Il en tira un cintre sur lequel était accroché un ensemble tailleur beige. Il tendit le tout à Kalie avant de s'emparer de sa veste à lui. Des faux papiers lui furent donnés et le plan expliqué. Ils étaient deux cadres en missions et devaient acheminer leurs prototypes jusqu'à la base où ils étaient attendus par les forces armées avec impatience. Des fausses lettres et fausses autorisations furent créer, les signatures des chefs armées imitées à la perfection, certains coups de fils furent passés également.

    -Je n'avais pas prévu que tu voudrais partir si tôt. rajouta-t-il avant de fermer la portière de la voiture et de s'élancer vers l'aéroport.

     Grâce aux nombreuses précautions prises avant, ils passèrent douanes et forces armées sans aucun problème et embarquèrent dans l'avion. Les huit heures furent longues et Kalie s'impatientait. L'atterrissage puis l'arrivée également sans problèmes, ils soufflaient. Les militaires, sur présentations des nombreux documents et avec les quelques boutons ouverts laissant paraitre la poitrine généreuse de Kalie, se contentèrent d'un signes de têtes et fermaient les yeux sans trop s'agiter afin de respecter le secret imposé. Une fois dans les terres, ils louèrent une voiture et quittèrent l'aéroport.

    -On va où maintenant ?
    -neuf cent cinquante kilomètres au nord.

    Ils se mirent en route. Sans aucune gêne, elle déboutonna son chemisier et se débarrassa de la jupe étroite puis passa un short et un top plus léger et moins chaud. Ethan sourit en conduisant lorsqu'elle sortit les deux Desert Eagle et les passa à sa ceinture. Elle avait bien changée. Après près de sept cent bornes sur une route plutôt bonne, ils la quittèrent et empruntèrent un chemin de terre. Les amortisseurs rendaient la chose plus facile à vivre. Cependant, Ethan fatigua bien vite, les creux et les bosses l'épuisant. Alors Kalie se proposa et prit la relève. Heureusement pour le brun, ils regagnaient enfin une route homogène et il put dormir un peu. Quand la jeune femme ne put aller plus loin, elle se gara et réveilla son ami.

    -Il n'y a plus de route. informa-t-elle.

    A cet instant, elle vit un large sourire naître sur les lèvres du brun. Sortant de la voiture, il la contourna et ouvrit le coffre. De là, il s'empara de son sac et en délogea un pantalon kaki. Il le passa et ôta sa chemise. Il prit le strict minimum en matière d'arme à feu et privilégia les armes blanches puis il rejoignit Kalie.

    -On est à deux kilomètres du camp.

    Mais alors qu'il s'élançait dans la forêt les entourant, une question brula les lèvres de Kalie.

    -Combien sont-ils ?
    -J'ai compté quinze hommes. Ils sont partagés en deux groupes égaux. Un le jour, un la nuit. Pendant que les autres surveillent le camp, les autres dorment dans un local.

    Il marqua une pause et se mit en marche. Kalie lui emboita le pas et attendit sagement qu'il ne reprenne.

    -Il y a des chances qu'ils gardent Johan dans un des cabanons. J'ai repérer une silhouette qui ne quittait jamais l'un d'entre eux. Quelque soit l'heure.

    Ils s'enfoncèrent alors dans la forêt.  Des heures durant, ils avancèrent dans la végétation. Elle était si dense qu'elle ralentissait considérablement leurs mouvements. Ils arrivèrent enfin dans les environs du camp et se firent alors très discrets. Ils observèrent un moment le camp situé dans une petite clairière. Ils se contentèrent d'écouter parler les hommes, bien cachés dans les fourrages.

    Ce fut alors que l'un des rebelles, sortant d'un des cabanons, se mit à parler d'un blond étranger qui se réveillait. A cet instant, Kalie voulut agir, mais Ethan la retint. Trois hommes venaient d'entrer dans ledit cabanon. De longues minutes de silence puis un cri, rauque et grave, s'éleva. Plus aucun doute n'était possible, Johan était là. Ethan fit alors signe à la rousse de le suivre et ils se dirigèrent vers un cabanon reculé. Ils y entrèrent par derrière et se saisirent de leurs lames.

    Huit hommes dormaient à point fermé, des boules-quies dans les oreilles. Ce fut Kali qui se lança en première vers un lit. Le visage fermé, le regard vide, elle appuya l'acier contre la peau du coup et la déchira d'un coup lent. Ethan fit pareil. Un a un, les hommes furent liquidés, baignant dans leur sang, la jugulaire tranchée. Ils sortirent de l'abri par l'arrière et se mirent à couvert dans les feuillages puis s'approchèrent du petit groupe de trois qui s'était formé autour d'une jeep. Ethan se glissa derrière un et lui brisa la nuque puis agrippa sa lame et se lança sur le second. Le troisième homme ce fut, Kalie qui s'en occupa. Afin d'éviter qu'il ne donne l'alerte, elle dut utiliser une balle de son Desert Eagle. Tout droit dans la poitrine du rebelle, lui perforant le cœur. Kalie visait bien.

    Le coup de feu résonna un moment dans la forêt et alerta les quatre autres hommes dans le cabanon. Un gars sortit et il s'en vit gratifier d'une balle dans la tête par Ethan qui s'élançait. Kalie s'était mis à couvert, comme lui avait demandé le brun et avait contournée discrètement la cabane. Mais alors qu'elle semblait si près d'entrer, un coup de feu retentit à l'intérieur de l'abri. Elle avait vue sur Ethan, ce n'était pas lui qui venait de tirer, aussi les deux amis se jugèrent du regard. La seule possibilité était que...

    Ils se ruèrent vers l'intérieur. Le blond était attaché à une chaise au milieu de la pièce. Kalie tira trois coups rapides sur l'un des hommes. Peu rapide, et prit par surprise, il ne put rien faire qu'encaisser. Ethan, lui s'était figé et observait son ami. Il avait les joues creuses, il était sale, ses yeux fatigués... son corps entier laissait deviner des jours de torture. Il reprit contenance lorsqu'il vit du coin de l'œil un homme lever son arme vers lui. Il se jeta sur le rebelle et le mit à terre. Là, il lui fit lâcher son arme et se mit à le frapper. Plus fort, plus brutalement, comme pour faire passer l'envie de recommencer à maltraiter son ami. Il finit par l'assommer et l'abandonna, raide. Quand il se tourna, Kalie était auprès de Johan. Elle l'avait détaché puis allongé au sol. Il baignait dans une marre de sang. Et pour cause, son abdomen était perforé et ensanglanté.

    -Jo !

    Il se jeta au côté de son ami. Le blond souriait péniblement. Le brun le prit alors dans ses bras et appuya sur la plaie. Il semblait suffoquer. Kalie restait interdit devant la scène. Johan tentait de parler mais n'arrivait à rien. Sa plaie était trop grave, bien trop proche du cœur et il perdait trop de sang. Pourtant Ethan se sentit obligé et tenta de le rassurer.

    -T'en fais pas mon pote, on va te ramener à la maison. Tu vas t'en sortir. Accroche-toi...

    Les larmes perlaient aux coins des yeux de la rousse. Bientôt, Johan se mit à cracher du sang. Dans les bras du brun, il souffla le prénom de son ami dans son dernier soupir. Son cœur s'arrêta. Il avait les yeux encore ouverts. A cet instant, Ethan vit rouge. Il passa sa main ensanglanté sur le visage détendu de son ami et ferma ses deux lacs bleus clairs pour toujours. Il reposa ensuite Johan au sol et s'éloigna.

    Kalie était au-dessus du corps et sanglotait. Sa main sur ses lèvres, elle tentait d'étouffer les gémissements. Elle leva les yeux vers le brun lorsqu'elle l'entendit hurler au dernier homme qu'il avait assommé juste avant. Il le secouait. Mais il ne se réveillait pas. Alors il le leva et l'assit sur la chaise. Il l'attacha avec des bouts de cordes et sa ceinture. Et puis il prit un pichet d'eau et le versa sur la tête du rebelle qui s'éveilla enfin. Ethan avait retrouvé une voix plus calme. Il ne hurlait plus.

    -Qui est ton chef.

    L'homme ne répondit pas. Alors Ethan tira une balle dans le pied du captif. Un cri lui répondit. Mais cela ne sembla le satisfaire alors il réitéra sa question. Là encore, il ne répondit rien. Il tira une autre balle dans l'autre pied. L'homme tint sa langue jusqu'à ce qu'Ethan ne vise la rotule. Une balle et le rebelle cracha sa réponse.

    -Heller ! hurlait l'homme.

    Ethan avait sa réponse. A présent, le rebelle le suppliait de le laisser en vie. Mais le brun semblait quelque peu détaché de la situation actuelle et semblait ne pas l'entendre. Kalie le vit alors armé une nouvelle fois son arme et lui tira une balle en pleine tête à bout portant. Elle étouffa un cri de surprise. Elle ne reconnaissait plus Ethan. Lorsqu'elle tenta de s'approcher de lui, il la bouscula et ôta son haut. Il le disposa sur le visage de son ami. De l'une des poches de son pantalon, il sortit un téléphone il composa un numéro et donna les coordonnées GPS où ils se trouvaient, Kalie, Johan et lui.

    -Un hélico sera là dans vingt minutes.

    La voix du brun avait été atone. Il jeta le portable à Kalie et sortit les cadavres de rebelle. Il entassa six corps dans la Jeep. Puis, dans la cabane où les huit autres hommes avaient été tués, il versa un bidon d'essence. Il fit un chemin jusqu'à la jeep et abandonna le bidon dans la voiture, sur les corps entassés. Il retourna ensuite s'assoir dans le cabanon. Il était à l'opposé du corps de son ami.

    Kalie se leva et le rejoignit. Elle avait sécher les larmes lorsque les pales de l'hélicoptère se firent entendre. Il se posa dans l'espace où il pouvait, entre les cabanons, au centre de la clairière entouré de forêt. Un homme à la peau brune se présenta alors à eux. Il ne posa aucune question, il n'adressa aucun regard à personne. La jeune fille s'approcha de l'appareil et l'homme la laissa monter, silencieux. Il rejoignit ensuite le brun et tout deux s'occupèrent du corps de Johan. Ils le mirent sur un brancard et l'embarquèrent dans l'habitacle. L'homme à la peau brune monta le premier. Ethan le suivis.

    Ils décolèrent. Mais alors qu'ils allaient s'éloigner de l'endroit, le brun s'empara du fusil accroché à l'un des sièges. Il arma et visa. Une balle, une seule, fut tirée. Et sous eux, à quelques mètres, la voiture explosait, mettant le feu aux corps et amenant les flammes jusqu'au cabanon. Il remit ensuite l'arme à la place où il l'avait prise et demeura silencieux jusqu'à l'arrivée de l'hélicoptère. Ethan et Kalie furent déposés à l'aérodrome le plus proche de la ville et furent priés d'aller à l'hôtel Giant Flower et d'y passer la nuit. Alors ils s'exécutèrent.

    Cependant le sommeil fut difficile à trouver pour les deux amis. Après de longues heures à tourner, ils s'endormirent enfin. Enfin, Kalie le pensais lorsqu'elle s'endormie. Quand elle découvrit la chambre vide à son réveil, elle comprit qu'il n'avait pas dormit. Elle l'attendit donc toute la matinée dans la chambre. Il ne revint que vers les alentours de onze heures. Il s'était changé entre temps. Il portait jean foncé et un t-shirt à manche courtes bleu. Il lança sur le lit de Kalie quelques affaires propres pour lui et lui dit en posant les billets sur la table de la chambre.

    -Départ dans une heure. On rentre à la maison.

    Elle l'informa qu'elle avait entendue puis passa dans la salle de bain où elle se lava et se changea Quelques minutes plus tard, ils étaient en route pour l'aéroport et embarquaient. Il avait un avion privé pour eux seuls et deux hôtesses à leur service. On leur demanda s'ils voulaient quelques rafraichissements ou petit encas, mais Ethan ne répondit rien. Il gardait son visage rivé vers le hublot. Il semblait comme déconnecté. Kalie, elle accepta un verre de vodka. Elle apprit par le biais du journal laissé sur l'un des sièges que le grand Heller, cadre d'une entreprise florissante et soupçonner de nombreuses fois de blanchiment d'argent avait été assassinée la veille au soir. Elle leva les yeux vers son ami. Il se tenait le visage avec sa main, son coude appuyé contre la petite table qui les séparait. Elle savait que c'était lui.

    Huit heures de vol passées, ils arrivaient enfin sur le tarmac. Une voiture noire les attendaient alors ils montèrent. Personne n'eut besoin de parler, le conducteur les mena directement à la villa. Kalie le remercia une fois arrivée et s'empara des sacs qu'il lui tendait. Elle reconnaissait les sacs qu'ils avaient laissés dans la voiture là-bas.

    Deux semaines plus tard, on enterrait Johan James Kennedy. Ils assistèrent au fond de l'église, à la cérémonie religieuse et suivirent de loin le cortègent funéraire. Au cimetière, Ils restèrent en retrait. Il y avait eut du monde à la cérémonie comme il y en avait maintenant au cimetière. Des amis, de la famille, des proches, des moins proches... Johan étaient entourés et même s'il ne parlait jamais autour de lui de son métier, il avait été entouré. Tout le monde pleurait. Homme femme enfant. Même Kalie se permise de laisser échapper quelques larmes lorsque le cercueil disparut sous terre. Tous exprimaient leur peine au travers des gouttes d'eau salées, tous sauf Ethan qui semblait imperméable et surtout silencieux. Silencieux depuis deux longues semaines. Silencieux depuis que leur ami les avaient quitté. Quand ils rentrèrent enfin à la maison, Kalie ne prit pas la peine d'enlever son tailleur sombre ni même de se déchausser. Elle suivit le brun et se posta derrière lui. Assis sur le canapé il venait d'allumer la télévision.

    -Ethan, tu as le droit.

    Le blond savait de quoi il en retournait. Il ne voulait simplement pas l'admettre.

    -Tu n'as pas pleuré une seule fois depuis... qu'il est mort. Pas même aujourd'hui...

    Elle marqua une pause.

    -Tu as le droit, Ethan... Ca ne te fera pas de toi quelqu'un de faible...

    Il zappait les chaînes de plus en plus nerveusement. Puis vint un moment de rupture. La télécommande retomba sur le divan et un sanglot s'éleva dans la pièce. Il s'avança un peu et, posant ses coudes sur ses cuisses, il porta ses mains à son visage, le soutenant. Ses épaules étaient maintenant prises de soubresauts réguliers. Caché derrière ses mains, il se mordait la lèvre inférieure pour éviter de faire trop de bruit mais lorsqu'il sentit la paume chaude de la rousse se glisser sur son épaule, tout près de sa nuque, il craqua définitivement. Il n'en avait plus que faire que ses gémissements emplissent la pièce ou non. Il avait le droit. Il pouvait. Kalie sentit le besoin de le laisser seul. Alors elle s'éclipsa. Elle aussi, avait les larmes aux yeux. Elle ne savait pas quelles avaient étés les relations entre les deux hommes, mais elle était touchée, car elle avait côtoyé les deux hommes et s'étaient attachée à eux. Lorsqu'elle redescendit de sa chambre, Ethan dormait. 2puisé, il avait finit par sombrer.

    Quelques années plus tard, Kalie apprit par hasard, en rangeant le bureau que Johan était le frère aîné d'Ethan et qu’il était militaire avant d’être tueur à gage. Mais elle ne dit jamais rien. Elle comprit que, séparés dès leurs plus jeunes âges, ils avaient été séparés et qu'ils ne s'étaient jamais connus. Elle comprit qu'Ethan avait voyagé de famille d'accueil en famille d'accueil, un peu comme elle et que son frère avait tout mis en œuvre pour le retrouver. Elle découvrit que le voire devenir un tueur à gage ne lui avait pas plut mais qu'il n'avait rien put dire. Son cœur se serra au souvenir du visage toujours soucieux du blond quand à l'état de son frère. Et puis elle sourit lorsqu'elle tomba sur un petit mot adressé à son frère. Elle se leva et disposa le mot sur la table de chevet d'Ethan puis sortit faire un tour. Il le lirait à son réveil. Kalie était déjà arrivée à l'armurerie lorsqu'Ethan ouvrit ses yeux. Il découvrit une petite enveloppe avec son nom dessus. Il s'en saisit et la lut. Les larmes lui montèrent aux yeux. Ethan avait comprit. Il sourit, nostalgique et murmura le nom de son frère.

     

    Les derniers termes de la lettres étaient "Prends soin de Kalie, c'est une fille bien. Je t'aime, petit frère."

    © Naeri


  • Commentaires

    1
    Vendredi 18 Avril 2014 à 04:18

    Très belle nouvelle, j'ai beaucoup aimé :)

    2
    Vendredi 18 Avril 2014 à 09:58

    Merci ! 
    Je l'ai écrite sur la balancelle de mon jardin. Le soleil était au rendez-vous, les petites zozios aussi. C'était agréable, assise là sans trop bouger je pouvais observer des petites merveilles se produire sous mon nez. Et même si la fin n'est pas très joyeuse, je me suis inspirée de ce que je voyais et des sentiments qui me prenaient pour écrire.. 

    (Je raconte ma vie....)
    En tous cas, je suis heureuse que tu ais aimé. 

    3
    Dimanche 20 Avril 2014 à 01:02

    C'est très long mais c'est vraiment magnifique!

    Bravo! ^w^

    4
    Dimanche 20 Avril 2014 à 11:13

    Merci !! Oui je crois que c'est ma plus longue nouvelle... Mais je sais pas, j'étais inspirée. ^-^ 

    Encore merci à toi,
    Au plaisir de te revoir ~ 

    5
    Dimanche 20 Avril 2014 à 13:35

    De rien! :3

    6
    Lundi 19 Octobre 2015 à 17:44

    C'étais long, mais beau et facile à comprendre ! Je sais jamais quoi dire après avoir lue une très très belle histoire ! ♥

    7
    Lundi 19 Octobre 2015 à 18:51

    Oooh c'est trop mignon ! Merci, ça me touche beaucoup. Oui c'est un peu long. J'ai écris cette fiction sur une balancelle... D'où un petit passage. Enfin bon, je te raconte un peu ma vie. Merci en tous cas !

    8
    Mercredi 21 Octobre 2015 à 22:32

    Avec un beau soleil j'imagine ? x)

    Et de rien, c'est avec plaisir ! ♥

    9
    Jeudi 22 Octobre 2015 à 08:15

    Avec un beau soleil, de jolis oiseaux qui se perchaient tout près de moi, quelques chats sauvages et d'autres compagnons à quatre pattes, oui. <3 Je referais ça quand il fera plus chaud !



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