• Merry Christmas

    Warning: Homosexual subject  .

    Cela faisait quatre bonnes heures maintenant que je roulais. Mes épaules étaient tendues et les premiers signes de fatigue commençaient à se faire sentir. Heureusement, mon GPS m’indiqua qu’il ne me restait que vingt petits kilomètres avant d’arriver. Le paysage défilait. Les voitures aussi, et je continuais d’avancer sans penser à rien.

    Lorsque la voix synthétisée m’annonça que j’allais arriver à destination, une boule prit place sur mon estomac. Ma gorge devint sèche et les doutes m’envahirent aussitôt.

    Je venais de traverser le pays, parcourant des centaines de kilomètres sans me poser une question et alors que j’arrivais, je venais à douter. Douter de quoi au juste ? De l’accueil auquel j’aurais droit ? Non, je savais comment j’allais être accueilli.

    Je fis un créneau pour me garer dans la rue et sortis prendre mon sac qui trainait sur la banquette arrière. Une impression de mal-être me prit lorsque je la verrouillais et marchais vers l’allée. La porte d’entrée grandissait au fur et à mesure que j’avançais, tout comme l’envie de remonter dans ma voiture et de rentrer chez moi. Mais ma raison prit le dessus sur la petite voix à l’intérieur de ma tête : je ne referais pas ce soir les quatre cents cinquante kilomètres. J’en étais incapable. Et au fond, je n’en avais l’envie.

    Je frappais trois coups à la porte. Deux coups rapprochés et un plus sec, comme lorsque nous étions enfants… J’espérais qu’ainsi, cela m’annoncerait. A ma grande surprise, une voix féminine qui me semblait familière me dit de patienter quelques instants, juste le temps de déverrouiller la porte. Estelle apparut alors derrière le panneau de bois. Elle m’examina quelques secondes à peine avant de me prendre dans ses bras chaleureusement, comme au bon vieux temps. Ce fut presque comme s’il n’y avait jamais eu ces douze ans.

    -Baptiste ! Je suis heureuse que tu sois venu ! Viens, entre.

    Elle était aussi souriante et dynamique que dans mes souvenirs. Cette petite boule d’énergie loin d’être une boule. Elle avait maigrie, s’était affinée et était devenue une vraie femme. Elle était ravissante dans son pull en cachemire rose pâle et ce pantalon clair.

    Très vite, je fus débarrassé de mon manteau et de mon écharpe par Ed’. Lui aussi m’avait manqué. Il me prit dans ses bras, me frappant amicalement le dos avant de me passer au radar. Ses yeux marron derrière ses lunettes, m’étudiaient méticuleusement comme à son habitude. Ce TIC, je n’avais jamais réussi à l’oublier et avait eu du mal à perdre cette habitude de me faire détailler.

    Nous échangeâmes un moment sans qu’aucun de nous ne mentionne le prénom de l’hôte une seule fois. C’était presque comme si la personne chez qui nous étions n’était là. Finalement, ce fut Estelle qui finit par aborder le sujet, voyant bien que je guettais la porte du salon dans l’espoir de le voir la franchir.

    -Ecoute Baptiste, il… Il a changé… Il est loin d’être celui que tu as connus, celui que nous avons tous connu.

    Je baissais la tête pour fixer mes mains jointes et continuai à l’écouter.

    -Quand tu es parti… Il a eu du mal à s’en remettre. Estelle et moi pensons qu’il ne s’en est jamais vraiment remit. C’est pour ça qu’elle t’a invité. Ca et parce qu’il…

    Mon amie interrompit Ed d’un seul regard désapprobateur et je compris… Je compris que c’était plus grave que tout ce que j’avais pu imaginer. Plus grave encore que ce que j’avais pu traverser.

    Je me renfonçai un peu plus dans le fauteuil en revoyant son visage et en entendant sa voix qui avaient hantés pendant si longtemps mes nuits. Et puis je m’aperçus qu’Estelle et Ed discutaient. Je les écoutais d’une oreille distraite.

    -Je vais aller le chercher.

    J’acquiesçai pour la voir sortir de la pièce. J’appréhendais le moment où il passerait la porte…

    Lorsqu’Ed et moi entendîmes les pas dans le couloir, nous nous levâmes d’un même mouvement et nous tournâmes vers la porte. Il s’écarta, me laissant plus d’espace que de raisonnable, et ce fut presque comme s’il venait de me lâcher au-dessus d’un précipice. Je me retrouvai seul en un instant et sentis cette détresse et cette panique m’envahir.

    Ce fut finalement un cadavre qui passa la porte et j’eus du mal à reconnaître mon ami… La peau sur les os, les yeux cernés, les joues creuses, les cheveux en bataille et coupés courts étaient loin de rappeler celui qu’il fut. Il semblait ailleurs, à moitié à côté de la plaque. Il marchait sans réelle conviction, poussé par Estelle.

    Et puis je remarquai ses yeux s’agrandir lorsqu’ils remontèrent sur mon corps. Cependant je n’y vis rien à l’intérieur. Pas même une lueur de colère, de haine. Rien que le vide. Je ne fus même pas certains qu’il y ait eut un reflet quand il me gifla avant de disparaître. Il avait couru après ça pour se réfugier sans doute dans sa chambre et je m’étais presque étonné de ne pas le voir s’écrouler après deux enjambés.

    En réalité, je n’avais pas sentis la douleur. Je ne sais même pas s’il avait eu la force physique nécessaire pour se réaliser ou si j’étais tellement désabusé par ce qu’il était devenu que je n’avais rien sentis.

    -Je…. Suis désolée, je ne pensais pas qu’il…
    -Tu pensais qu’il réagirait comment, Estelle ?

    Je lui répondis un peu durement, mais elle ne m’en tint pas rigueur. Elle s’était douté que cela se passerait ainsi, elle avait juste voulut paraître gentille et réconfortante… Elle avait juste voulut dire quelque chose, briser le silence…

    Mes deux amis s’efforcèrent de relancer une conversation et de me faire oublier ce qui venait de se passer, cependant je gardais en tête ce visage défait, ce regard vide…

    Louis avait été quelqu’un de bien. Il avait été ce garçon souriant et toujours joyeux, à la limite de l’hyperactivité qui cachait un être un peu trop fragile pour ce monde. Il avait eu cette silhouette fine et presque androgyne, les cheveux un peu trop longs qui lui tombaient devant les yeux et les yeux d’un vert précieux. Et j’avais fait de lui ce sac d’os sans vie…

    -Tu devrais aller le voir, Baptiste.

    Ed posa sa main sur mon dos et m’adressa un regard empreint de sympathie. J’avais envie d’y aller, oui… Mais Louis me laisserait il rentrer ? Tant bien dans son monde que dans sa chambre.

    Je remerciai mon amie de ce rappel qu’elle me donnait pour m’indiquer la chambre et me levais doucement. Plus rapidement que prévu, j’arrivais devant la porte fermée. Je n’avais pas eus le temps de penser à quoi dire, mais au final, j’aurais pu prendre deux heures pour arriver devant cette porte que je n’aurais rien trouvé tout de même car il n’y avait rien à prévoir…

    Je frappais comme un peu plus tôt avant d’entrer. La pièce était dans le noir complet. Même les rayons du soleil encore haut ne filtraient pas par les volets. Seul le couloir m’aida à repérer mon ami.

    -Louis ?
    -Va-t-en.
    -Je…
    -Barre-toi !

    Il hurlait d’une voix éraillée plus d’insultes que je n’aurais jamais crus entendre en toute une vie. Il hurlait de sa voix brisée qu’il ne voulait plus me voir, que je devais partir immédiatement et ne plus jamais revenir et je me vis obligé de quitter la chambre sous peine de recevoir une lampe de chevet en pleine la figure. Mon cœur, prit entre deux étaux me fit mal et je me dis qu’en définitive je devais partir et passer la nuit dans un hôtel miteux au prix déraisonnable sur le bord d’une route ou dans ma voiture gelée.

    Je retournai dans le salon. Là mes deux amis m’attendaient. Estelle se rongeait un ongle, nerveuse face à ce que je lui dirais, nerveuse face à ce qu’elle savait déjà.

    -Il ne veut pas me voir.
    -C’est difficile pour lui, Bapt’… Tu as disparu sans rien lui dire pendant douze ans. Il tenait à toi. On tenait tous à toi mais t’es partit sans rien nous dire !
    -J’avais mes raisons.
    -Et je suis sûre qu’elles étaient très bonne, n’est-ce pas Estelle ?

    Ed passa un bras derrière son dos et lui sourit doucement. Les larmes commencèrent à se former aux coins des yeux de mon amie. Elle aussi m’en voulait d’être partit, seulement elle était trop aimable pour me le dire… Ou trop heureuse de me revoir pour oser tout gâcher mêmes si ses émotions reprenaient le dessus.

    -Ce n’était pas une bonne idée que je vienne. Je suis désolé d’avoir causé tout ça.
    -Non, attend !
    -Estelle, Louis ne veut pas me voir. Je ne veux pas passer Noël avec vous si c’est pour qu’il le passe dans sa chambre. Je préfère rentrer.

    Je les rassurai, leur disant que je ne ferais pas le trajet d’une traite avant de prendre mon manteau et mon écharpe dans l’entrée. Je me saisis de mon sac et sans prendre le temps d’enfiler quoi que ce soit, je sortis. J’étais un peu fatigué mais tant pis, je n’avais rien à faire ici. Je ne faisais que leur faire du mal, leur rappeler quelques souvenirs douloureux. Je trouverais, dans une dizaine de kilomètres, un petit hôtel où loger pour la nuit. Avec un peu de chance il ne serait pas complet pour les fêtes et pas trop hors de prix.

    Mon amie me courut après dans l’allée et m’attrapa par le bras. Son maquillage commençait à couler mais elle souriait.

    -Reste. Pour Ed et moi. Reste jusqu’à ce soir au moins… Ensuite tu partiras, je payerais l’hôtel s’il faut. Mais restes. J’ai besoin de te voir.

    Je ne fus pas certain de ce qui me fit changer d’avis, mais j’acceptai tout de même. Je n’avais pas vraiment envie de partir alors elle me raccompagna à l’intérieur, et Ed me débarrassa une nouvelle fois. Il ne m’étudia pas pourtant il me prit l’épaule dans un geste rassurant. J’étais heureux de les avoir rencontrés et bon sang combien leur amitié m’avait manqué.

    La soirée arriva vite. A parler de nos vies respectives, de ces douze ans de séparations, les heures avaient défilées à une vitesse impressionnante. J’avais aidé en cuisine à préparer le repas de Noël et les sujets avaient été écumés. Il n’en resta rapidement plus qu’un et je l’abordai du bout des lèvres.

    -Que s’est-il passé pour Louis quand j’ai quitté la ville ?

    Estelle parut hésiter à me répondre. Ils échangèrent un regard avant qu’elle ne me demande de m’assoir. Je pris donc une chaise et posai le couteau dont je me servais pour émincer l’oignon. Elle finit par me répondre d’une voix mal assurée.

    -Comme tu as pu le voir, la santé de Louis à commencer à décliner à ton départ. Il s’est laissé aller, si on peut dire… Il en a perdu le sommeil et depuis peu, les rares fois où il arrive à s’endormir il se met à t’appeler jusqu’à s’en briser la voix…

    Face à ces révélations, la peine et la douleur que j'avais trop longtemps cherché à enfouir envahirent mon cœur de nouveau. Je me sentis plus coupable encore que jamais et j’eus du mal à ne pas me frapper contre le mur.

    -Il m’appelle, tu dis ?
    -Chaque nuit.

    La discussion se termina rapidement lorsque l’hôte fit son apparition dans la cuisine. Ed prit sa voix enjouée pour l’accueillir et lui fit son plus beau sourire.

    -Louis ! Content que tu te sois décidé de sortir de ta chambre.
    -Je veux qu’il parte.

    Il se détourna ensuite, me laissant avec sa phrase lourde et accusatrice qui résonnait dans ma tête. Je me levai et le rattrapai. Oui, j’allais partir et ne plus jamais refaire surface dans sa vie mais avant je voulais avoir une discussion où je ne me ferais pas traiter par tous les noms d’oiseau sans pouvoir en placer une. Avant de sortir définitivement de sa vie je voulais qu’il promette de se nourrir convenablement et d’être heureux…

    Je lui saisis le bras et il ne se retourna même pas ni ne s’immobilisa. Il se dégagea juste d'un geste brusque avant de monter les escaliers. Je les montai à sa suite en l’appelant. Il continuait d’avancer, m’ignorant royalement alors je me postai devant lui, lui barrant la route de mon bras.

    Il était en face de moi, les yeux rougis par les larmes.

    -Louis, je suis-
    -Pourquoi tu m'as abandonné ?

    Il s’effondra contre moi en hurlant. Il se mit à battre mes épaules et ma poitrine alors que je refermais mes bras sur les siennes.

    -Tu m'as laissé à cette vie-là, sans toi ! A cette vie qui ne m'a jamais convenue !
    -Je... Je suis désolé.  
    -Pourquoi ?
    -J’ai été con.

    J’ai été con et putain d’égoïste.

    Nous tombâmes tous les deux à genoux sur le sol. Il avait ses jambes repliées entre les miennes et s’agrippait comme un forcené à mon t-shirt. Tout son corps était secoué par les émotions et j’embrassais le sommet de son crâne doucement. Son odeur, sa peau, sa voix même rendue rauque par les pleurs m’avaient manqués et je sentis à mon tour les larmes dévaler mes joues.

    -Ton absence me tuait.

    Son murmure perça le silence lorsqu’il se fut calmé. Nous étions toujours étroitement enlacés juste en haut des escaliers lorsque je réalisai qu’il ne me frappait plus nerveusement et qu’il avait cessé de pleurer.

    -Tiste ?

    Le surnom me surpris agréablement et je ne pus réprimer un sourire. Un faible « oui » m’échappait alors que j’embrassais ses cheveux une énième fois.

    -Ne m’abandonne pas.

    Il poussa sur ses bras dont les paumes étaient à plat sur mon buste pour s’éloigner et leva ses yeux vers moi. Il attendait une réponse et je la lui formulai pour qu’il entende, qu’il puisse se convaincre et s’y rattacher. Je la formulai pour sceller cette promesse que je lui faisais.

    -Plus jamais.

    Non, plus jamais je ne voulais l’abandonner. J’en étais certains car mon cœur battait comme au dernier jour que j’avais passé avec lui.

    Dans mes yeux, il lut plus de choses que je ne lui formulerais jamais. Il vit toutes ces journées passées à pleurer son absence, à souffrir du silence, à travailler plus que de raisonnable pour oublier. Dans mes yeux, il lut sans doute ce que je n’eus jamais le courage de lui dire jusqu’à présent mais que j’étais bien décidé à lui avouer au fil de la soirée…

    Les bruits de couverts me tirèrent de ma rêverie et je quittai les traits tirés de son visage pour glisser sur le cadrant d’une horloge. Le temps avait filé encore une fois en silence et sans demander son reste, aussi je me relevai et l’aidai à faire de même. Il comprit aussitôt que nous redescendîmes pour débuter la soirée. Tous ensembles. Comme au bon vieux temps.

    En bas, Estelle et Ed nous attendaient. Ils avaient rajoutés une assiette en plus pour que nous puissions dîner tous à table comme il avait été prévu de faire. Le vieux tourne-disque murmurait les accords passés de Led-Zeppelin. Le diamant usé et mal réglé transmettait aux enceintes un son un peu neigeux qui contribuait à l’ambiance.

    Les coups de neuf heures du soir retentirent et nous passâmes à table, encouragés fortement par Estelle. Elle semblait ravie que Louis se joigne finalement à nous et Ed eut la joie de redécouvrir quelque chose qu’il n’avait pas vu depuis longtemps sur le visage de notre ami commun : un sourire.

    Assis l’un à côté de l’autre, d’un côté de la table, nous échangeâmes un petit peu avec le grand brun aux yeux marron avant que je ne sentes une main enserrer mon avant-bras. Louis, tel un enfant, arborait ce regard lumineux et pétillant qui avait fait son charme à l’époque, face aux plats qui arrivaient.

    Le repas fut un peu lourd sur l’estomac cependant tellement allègre et délicieux que ce fut un réel plaisir de le partager avec eux. Je glissai de l’un à l’autre de mes amis, les détaillant, contemplant leurs sourires et ce petit rictus qui faisait se relever le coin de leurs yeux par la même occasion.

    Ce fut en me redressant pour débarrasser que je m’aperçus que l’alcool avait coulé un peu trop à flot. Un rire général s’empara de mes amis lorsqu’ils me virent chanceler et hésiter à saisir un plat. Je les rejoignis rapidement en comprenant que je n’étais pas le seul.

    En cuisine, Estelle me glissa à l’oreille qu’elle était contente. Je lui assurai que moi aussi pensant qu’elle voulait parler de la soirée, pourtant elle me montra une assiette à moitié pleine et j’eus du mal à faire le rapprochement.

    -Louis semble avoir retrouvé l’appétit, Baptiste.

    Je me mis alors à observer plus longuement l’assiette. Une vague de bonheur me parcourut lorsque je compris et un sourire s’apposa sur nos lèvres respectives.

    -Il reste des bouteilles de champagne. Tu crois que c’est raisonnable ?
    -Au pire, on galèrera à monter les escaliers.

    Elle se mise à rire alors franchement avant de me fourrer une bouteille dans les mains et de prendre les flûtes.

    Dans le salon, Louis s’était installé sur le canapé, se recroquevillant à moitié sur lui-même et Ed changeait de vinyle. Sur un air de Sinatra, je fis couler l’alcool gazeux dans les longs verres avant de les servir à mes amis. Le troisième étant à moitié dans les bras de Morphée, je préférais laisser sa flûte sur la table et aller m’assoir, la mienne à la main, près de lui.

    Nous trinquâmes à nos retrouvailles, au bon vieux temps, à l’enfance, aux souvenirs… A Noël

    Minuit sonna et la belle robe de Cendrillon ne disparut pas. Nous étions tous toujours là, à parler de tout et de rien sans nous soucier du monde qui nous entourait. Nous étions heureux et au chaud devant la cheminée. Louis avait trouvé sa place, allongé contre moi, sa tête posée au creux de mon épaule, tandis qu’Ed avait invité Estelle à danser pour lui prouver que les cours qu’il avait pris avaient servis. L’alcool n’aidant pas tellement, la chorégraphie fut médiocre et il s’en amusa lui-même.

    -Bon, les cadeaux vous feront peut-être oublier mes pas proches du ridicule !

    Ed s’approcha alors du sapin et s’agenouilla à son pied. Il saisit tous les paquets avant de revenir vers nous et de nous les poser devant nous sur la table basse que nous entourions. Lorsqu’Estelle se leva pour remplir les flûtes, je me redressai et m’échappai de la prise de mon ami pour m’enfuir dans le hall.

    Je pris alors mon sac, l’ouvris et y sortis les trois petits paquets plus une lettre que je glissais dans l’une de mes poches arrières de mon Jean avant de revenir vers mes amis.

    Le petit étui rouge trouva tout naturellement sa place entre les doigts de ma belle Estelle. Le paquet argent fut pour Ed et je posai le dernier entouré par un ruban or sur les genoux de Louis qui s’éveilla doucement.

    Je reçus alors mes propres cadeaux en remerciant mes amis.

    Mon amie versa une larme en découvrant les boucles d’oreilles en pierre de lune que j’avais trouvées lors d’un voyage d’affaire et devant lequel je n’avais pas résisté, le grand brun me prit dans ses bras en déballant le carnet à la couverture usagé dans lequel il pourrait noter tous ses déboires et Louis parût hésiter. Il ne m’avait rien offert d’après lui et c’était injuste qu’il ait un cadeau. Or il m’avait offert le plus beau des cadeaux sans le vouloir mais ça, je ne lui avouai pas.

    -Ce n’est pas moi qui te l’offre. C’est le monsieur barbu et tout de rouge vêtu.

    Il sourit avant d’ouvrir précieusement le paquet. D’aussi loin que je me souvienne, ce grand enfant avait toujours adoré les oursons en peluches. Il me sauta littéralement au cou pour me remercier et manqua me faire renverser le champagne sur sa tapisserie. Il répéta des mercis par-ci par-là sans plus vouloir s’arrêter.

    Les échanges effectués, les cadeaux déballés et les remerciements faits, nous nous réinstallâmes dans les fauteuils, entamant une dernière bouteille. Louis s’était rendormi, dans la position qu’il avait prise un peu plus tôt, serrant l’ourson contre lui.

    Nous riions Estelle, Ed et moi de nos bêtises de la soirée, de nos fourchages de langues ou de nos problèmes d’élocutions passagers causés par l’alcool et puis la petite chose dans mes bras se mit à remuer et les rires se stoppèrent lorsqu’il se mit à geindre. Chacun eut peur qu’il ne se mette à hurler et je me préparai à le réveiller doucement. Pourtant sa voix douce et embrumée s’échappa calmement et nous rassura.

    -Joyeux… Noël.

    Nous répondîmes en chœur à cet ange endormis et terriblement fatigué qui souriait paisiblement. Estelle, Ed et moi l’observâmes un moment avant de penser à monter le coucher dans son lit pour qu’il y soit au calme. Je le pris alors dans mes bras comme l’on prendrait un enfant et il s’accrocha à moi comme à l’ourson. J’eus un faible pincement au cœur en découvrant combien il était léger.

    Je montai les escaliers et le menai à sa chambre en silence. Il sembla dormir comme un loir lorsque je le déposai sur son matelas et le recouvris de sa couette mais alors que je me retournai pour quitter la pièce, sa main emprisonna le bas de mon t-shirt.

    Je m’abaissai à son niveau, curieux et quelque peu soucieux de découvrir une quelconque détresse dans son regard. Au lieu de ça, il se redressa dans son lit et pencha la tête sur le côté.

    -Tu restes ?
    -J’ai trop bu pour repartir en voiture.
    -Non. Tu restes dormir avec moi ?

    Sa voix timide me fit craquer et bien que je fusse conscient de la mauvaise idée que ça représentait, j’acceptai égoïstement.

    J’avais passé une partie de ma vie à faire l’égoïste et ce soir encore je continuais, pourtant j’étais incapable de refuser. Je le voulais dans mes bras. Juste pour une nuit. Juste comme ça. J’ôtai mon t-shirt et mon Jean avant de me glisser sous la couverture et de prendre la place qu’il me laissait. Lorsque je fus installé, il s’approcha et vint poser sa tête contre mon cœur, entourant mon ventre de son bras et il sombra tout contre moi dans le sommeil.

    Tout naturellement, ma main trouva sa place au bas de son dos et de l’autre je me mis à caresser son épaule doucement. Sa respiration faible preuve de son sommeil tranquille s’éleva bientôt et je pus m’endormir, l’homme que j’avais fuis dans mes bras, l’homme que j’avais aimé contre moi.

     

    Ma lettre sera pour demain.

    © Naeri


  • Commentaires

    1
    Samedi 13 Août 2016 à 22:17

    C'est un très joli texte - le drame, personne n'a commenté avant moi - bien décrit, émotionnel, éprouvant... Je me répètes encore et encore, mais peu importe, c'est nécessaire de le dire ^^

    2
    Samedi 13 Août 2016 à 22:27

    Oui, deux fiction restaient encore à ce jour totalement dépourvues de commentaires O.O Et toutes les deux commençaient par un M.... A croire que les M portent malheurs par ici !! Je suis bien heureuse que tu sois la première en tous cas !! :D
    Je ne suis pas spécialement fière de cette fiction, je l'avoue... Elle est une ombre sur le tableau, je sais pas je ne l'aime pas tellement... Mais bon ! xD

    3
    Samedi 13 Août 2016 à 22:35

    Moi en tout cas, j'aime bien ! ^^ T'inquiètes pas, je commentes tout ce que je lis ici !

    4
    Samedi 13 Août 2016 à 22:45

    Haha, oui j'ai vue que tu commentais tout ce que tu lisais ! Tu fais remonter, à toi seule, les statistiques établies x) !! Et je suis sûre qu'en moins d'un mois tu as posté plus de commentaire que je n'en ai eus en 6 !

    5
    Samedi 13 Août 2016 à 22:52

    Haha oui c'est vrai, et pareil pour toi sur mon blog. A nous seules, j'ai conté la dernière fois 22 commentaires sur un seul article de ce blog ! On a tellement de chose à dire, à partager ! x)

    6
    Samedi 13 Août 2016 à 22:58

    Ouiii !! Tellement, que c'est presque naturel de te répondre, vraiment ! Et agréable ! On repeuple nos blog à nous seules, haha !!

    7
    Samedi 13 Août 2016 à 23:02

    Haha oui ! Au fait, ta nouvelle photo de profil est très jolie, d'où elle vient ? J'aime beaucoup la manière dont elle est personnalisée !

    8
    Samedi 13 Août 2016 à 23:31

    Toutes les images sur mon blog proviennent de Pinterest et des épingles que je peux avoir. Ainsi, tu pourras trouver l'image ici. Je te remercie, en tous cas !!

    9
    Samedi 13 Août 2016 à 23:34

    De rien ! Et merci de m'avoir informé ;)

    10
    Samedi 13 Août 2016 à 23:39

    Mais je t'en prie, je réponds à toutes les questions avec le plus grand enthousiasme ! :) C'est un réel plaisir !!



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