• Mémoires de James William

    Warning: Homosexual subject  .

    Il est Allemand, mais c'est la guerre. C'est la guerre, mais il est bientôt minuit… On est le soir de Noël et il est d'une beauté saisissante.

    Je le tenais en respect. Mon arme pointée vers lui, il avait immédiatement levé les mains. Cela faisait déjà plusieurs minutes que je l'observais, incapable de bouger. C'était un soldat. Il portait l'uniforme allemand et était certainement aussi éméché que moi vu comme il tanguait. La vingtaine peut-être cinq ans de moins que moi... Ses cheveux d'ange coupés en brosse et ses perles d'azure lumineuses dans la pénombre ambiante... Il était vraiment magnifique et semblait si innocent.

    Je n'en pouvais plus: je ne pouvais pas... Je jurais, il parut surpris, semblant attendre la détonation dans le silence de la nuit. Je ne tirais pas... Je ne tirerais pas ce soir. Une pierre se vit projetée dans les airs alors que je lui donnais un coup de pied violent en lui tournant le dos. Peut-être me tuerait-il lui ? Tant pis... Je ne pouvais décemment pas me résigner à abattre quelqu'un de désarmé le soir de Noël.

    Je fus surpris d'arriver sur le petit escalier en pierre d'un des bâtiments détruits. Je pensais qu'il m'aurait abattu avant. Au lieu de ça, il n'avait pas bougé. Il avait juste ramené ses paumes dans sa poche et me regardait de loin.

    -Je peux pas ! Pas ce soir... rageais-je. Tu comprends, ça ?

    Bien sûr que non, il ne comprenait pas... La barrière de la langue n'aidait pas. Mais qu'importe. Je crois qu'il comprit mon geste. J'entendis ses pas dans la neige. Il partait surement. Tant mieux ! Petit à petit j'entendis ces pas grossir et s'élever de plus en plus proche de moi. Il ne partait pas ? Je relevais mes yeux sur lui. Il semblait incertain de la posture à adopter avec moi. J'étais son ennemi et de plus un supérieur ennemi mais apparemment, ça, il s'en foutait. Pour lui, pour ce soir, j'étais juste un homme, comme lui. Il finit par s'assoir sur les marches à distance raisonnable. Muet, il tremblait légèrement de froid. Ou bien de peur. Je rangeais devant son regard inquiet mon arme avant de soupirer.

    Il m'observa un moment sans que je ne puisse soutenir son regard. Je le sentais juste brûler ma peau et puis il chercha quelque chose dans sa poche. Certainement son arme, qu'importe s'il voulait me tuer... Je ne pouvais pas, moi. Puisse-t-il se regarder dans un miroir après s'être assis au côté d'un ennemi et avoir hésité à le tuer.

    Une flasque métallique se présenta sous mon nez. Il me proposait de boire avec lui. Je finis par la saisir et découvrit la douce odeur du Whisky. Il avait bon goût, le petit. J'en pris une gorgée avant de lui rendre son bien, me délectant du liquide ambré qui coulait lentement dans ma gorge et de son goût caractéristique. Ca faisait si longtemps que je n'en avais pas bu une goutte. Un signe de tête convint alors mieux que des mots pour le remercier de se geste. Il sourit en portant la flasque à ses lèvres.

    Très vite, cette dernière fut vide. Nous l'avions but avec délectation, partageant jusqu'à la dernière goutte. J'étais alors bien ivre pour continuer à boire d'avantage et je devinais que lui aussi au vu de son rire puissant qui s'échappa lorsqu'il tenta de se lever pour retomber lourdement sur les marches en pierre froide. Je ne pus réprimer ce petit souffle résultant de mon rire étouffé. On se regardait, bêtement. On avait du mal à accrocher le regard de l'autre, ne sachant plus vraiment lequel des doubles était le vrai. Finalement, on réussit et mes yeux s'agrippèrent désespérément aux perles azures. Il me tendit sa main en murmurant quelque chose d'une voix rendue rauque par l'alcool.

    -Clemens.

    Je la saisi, la serrant fermement, sans jamais quitter son regard.

    -James.

    Dans ma main, je sentis les doigts congelés de ce jeune homme se crisper. Il semblait transi de froid malgré l'alcool présent pour réchauffer son corps. Pris en pitié pour cet homme avec qui, momentanément, j'instaurais la paix, je me levais, l'attirant à ma suite. On manqua de s'écrouler plusieurs fois, étouffant nos rires dans les ruelles désertes. Collés l'un à l'autre, on se servait mutuellement de pilier, stabilisant nos pas.

    Après plusieurs croisements passés, quelques rues longées et une impasse empruntée, je l'amenais vers la porte arrière de l'auberge que tenait ma cousine. Il sembla hésiter à rentrer, craignant qu'il ne soit vu par d'autres soldats moins cléments que moi. Je le poussai d'un bras à entrer avant de refermer la porte sur nous. Ma cousine nous accueillit dans sa cuisine un air grave sur le visage. Je la rassurai d'un mot en lui demandant une chambre pour mon ami. Elle buta sur le mot que j'avais délibérément employé avant de finalement nous laisser une clé et de nous offrir un accès discret à l'étage.

    Difficilement, nous montions les escaliers. Arrivés à l'étage, je sentis une poigne ferme me saisir au col et j'heurtai sans comprendre l'un des murs du couloir. Mes réflexes ralentis par l'alcool, je ne repoussai pas ce corps qui s'écrasait contre le mien ni même ces lèvres qui heurtait les miennes avec une violence désespérée. Porté par les sensations de cette langue caressant ma lèvre, de ces mains glacées effleurant la chair de mon cou, je lui agrippai la nuque et répondit au baiser. Ardent, passionné, avare... Il était la promesse d'une ardeur tout aussi prononcé pour...

    D'un coup d'épaule, je m'écartai du mur, restant collé à ce corps, ses lèvres toujours sur les miennes. Mes mains emprisonnaient son visage. Il ne pouvait que reculer, me suivre docilement. Je le plaquais alors contre le mur et tâtonnai pour ouvrir la porte que je remerciais être si proche. Il commençait à gémir sous mes mouvements quelque peu brusques et pressés pour trouver la serrure. Ne résistant pas, je plaquais davantage mon corps contre le sien, étouffant un grondement à la limite animal. La porte finit par céder et je pus l'entraîner à l'intérieur. Il en semblait ravit.

    Je me séparais de lui pour reprendre ma respiration. Il était là, pantelant, les joues rougies et les lèvres pleines d'avoir été ainsi martyrisées. Il m'observait en silence, ses mains toujours accrochées à mon col doucement descendant se loger dans mon dos.

    Ce fut lui qui brisa le silence. Riant de ma réaction apparemment trop évidente devant sa langue qu'il venait de passer sur sa lèvre inférieure. Son rire franc, sincère, à peine rauque, tellement grisant... Doucement je le sentis ramener ses mains vers mes épaules, les débarrassant de mon manteau auparavant dé-ceinturé et déboutonné. Je souris de son audace et le laissais faire, incapable de libérer mes mains ainsi prises dans les manches de mon manteau. Je fus cependant bien trop impatient devant trop d'impertinence et de lenteur, je me libérais et fondit sur ses lèvres, lui ôtant son long manteau à mon tour. Il tombait au sol lourdement tandis que je m'attaquais déjà à sa chemise, tirant dessus pour la faire sortir de son pantalon. Je prenais le temps de la déboutonner car demain serait un autre jour et qu'il aurait besoin de sa chemise intact pour affronter le froid mordant. Ce n'était pourtant pas l'envie qui me manquait de la lui arracher pour découvrir sa peau frissonnante sous mes doigts.

    Un gémissement m'autorisa à la faire glisser au sol alors que son torse fraîchement offert à l'air chaud frémit. Je quittai ses lèvres à regret pour découvrir avec délice d'autres mets tandis qu'il s'affairait à ôter ma propre chemise. Doucement, j'embrassai la commissure de ses lèvres, descendant sur la mâchoire que je mordillai. Cette sensation un peu rugueuse de barbe de deux jours mal rasée était si délicieuse sous mes lèvres. Je descendais toujours, goûtant sa gorge offerte et sensible, mordillant cette clavicule saillante, léchant ce pectoral bien dessiné, suçant ce bourgeon de chair outrageusement dressé. Encouragé par les plaintes de ce blond magnifique et réceptif ainsi que par ses mains s'affairant déjà sur ma ceinture. Je retournai cependant à ses lèvres, ma langue en mal du contact de sa comparse.

    Les bottes quittèrent nos pieds sans que nous nous en rendions compte, chose assez étonnante. Les armes avaient été déposées sagement sur les tables de chevet. On ne se défait pas des réflexes que l'armée et la guerre nous inculque, on les repousse juste un peu.

    Débarrassés de tous vêtements, il recula vers le lit, me tirant vers lui. Son regard croisa le mien pour la première fois depuis que nous étions entrés dans l'établissement. Toujours aussi bleu clair, il semblait voilé par un désir de perversion et par l'alcool. Un léger sourire en coin fleurit sur ses lèvres tandis qu'il s'allongeait, se hissant jusqu'à la tête de lit. Ses jambes exagérément écartées étaient une invitation tout aussi suggestive que ce regard lubrique qu'il posait sur moi. Il mordit sa lèvre alors que je m'agenouillais sur le lit et m'avançais vers lui, laissant mon corps s'allonger contre le sien avec douceur.

    Je repris possession de sa bouche. Les ondulations de ses hanches me rendaient plus ivre que je ne l'étais déjà. Mes gémissements s'étouffaient contre sa langue, les siens contre la mienne. C'était bon de le sentir vibrer sous moi.

    Il finit par rompre l'échange et me repoussa, m'incitant à m'écarter de son corps. Je le vis gracieusement se tourner sous moi et m'offrir son postérieur. Son souffle s'accéléra alors qu'il croisait mon regard. Je pris l'une de ses jambes dans ma main, l'obligeant à la replier près de son flanc. Je perçus du coin de l'œil son poing se refermer sous la couverture proche de son visage tandis qu'il fermait les yeux d'anticipation. Je vins déposer un baiser sur son omoplate pour le rassurer. Je ne pouvais pas lui dire.

    Il ouvrit les yeux et vint saisir ma main qui reposait près de son visage de la sienne. Avec surprise, je le vis engloutir trois de mes doigts et commencer à les sucer. Je manquais de m'étouffer, mon cœur venait de rater tellement de battement que je n'étais plus certain de sa régularité. Faites qu'il ne me lâche pas avant... Avant la fin de cette nuit. Il finit par me les rendre et guider ma main plus bas, me fixant du coin de l'œil. Doucement, j'enfonçais mon doigt en lui. Il se crispa puis se força à se détendre. Je ne bougeais pas, j'avais étrangement peur de lui faire mal... Il amorça un mouvement, m'incitant à joindre un autre doigt en lui. Je finis par bouger et par obéir docilement à la supplication de son corps. Il se mit alors à gémir faiblement, son visage s'enfonçant dans le matelas, ses bras se tendant sous lui pour rehausser légèrement ses épaules. Ses réactions étaient splendides et enivrantes. Son corps brûlant sous moi, réagissant à ce touché si intime. Bientôt je le sentis se raidir alors qu'un gémissement plus fort lui échappait. Je venais de taper cet endroit si sensible de l'homme. Je ne pus résister à plonger sur lui et à mordre la chair de sa nuque pour l'apaiser de baisers volatils, recommençant à bouger mes doigts, m'obligeant à garder cet angle pour frapper encore et encore cette petite tâche à l'intérieur de lui.

    -J-James !

    Je fus surpris d'entendre mon prénom ainsi prononcé dans un gémissement. Dégradant, honteux, méprisable et pourtant si diablement excitant. Je ne tins bientôt plus et retirais mes doigts sous son grognement dépréciatif. Il s'agrippait à l'oreiller, à la couverture, à tout ce qu'il pouvait, alors que je m'allongeais sur lui. Luttant contre une pulsion malsaine de m'enfoncer brutalement en lui, je fis doucement, me rendant les choses presque difficiles et douloureuses. Lorsque je fus enfoncé jusqu'à la garde en lui, je le laissai reprendre son souffle et se détendre. Il était étroit, vraiment. Il était brûlant... Merde, j'avais vraiment envie de... Je ne comprenais pas pourquoi j'étais si prévenant...

    Un coup de rein me fit cesser de penser. Je me reculai, me retirant quasiment entièrement avant de revenir en lui, cherchant ce contact, cette friction douloureusement agréable. Il geint sous mes mouvements, laissant sa voix se briser sur les murs. Il ne retenait plus rien, il ne contrôlait plus rien. Il ne s'apercevait sans doute même pas que ses reins venaient à la rencontrer de mes hanches avec avidité. Il ne se rendait sûrement plus compte que son intimité semblait m'avaler fiévreusement. Presqu'allongé sur lui, je pris cet angle qui le fit hurler. Content de mon effet, je restais dans cette position, m'accrochant à cette cuisse relevée plus tôt, serrant la chair dans ma paume, sous mes doigts, m'en servant de prise pour revenir toujours plus brutalement heurter ce point sensible.

    Je sentis sa main agripper la mienne qui me servait de point d'appuie sur le matelas. Subtilement, il emmêla ses doigts aux miens et serra convulsivement au rythme de mes coups. Je ne savais qui gémissait le plus fort. Je ne fus plus sûr de qui jouit avant l'autre. Je sentis juste son corps réagir sous le mien alors que je venais en lui. Ses lèvres rencontrèrent mon poignet pour l'embrasser alors que je m'écroulais à côté de lui, sur le dos, le souffle court, les yeux fermés.

    Je me laissai le temps de redescendre lentement des hauteurs où nous étions allés. J'étais sur mon nuages, volant presque au-dessus du monde. Tout était douceur et volupté, confort et grâce... Quand je fus certains d'être redescendu et certains d'être à nouveau étendu sur ce lit, je tournai mon visage vers lui. Toujours sur le ventre, il ne semblait pas avoir bougé d'un millimètre. Sa tête toujours tournée de l'autre côté, sa jambe encore repliée près de sa hanche. Et puis soudainement il sembla ouvrir les yeux et se tourna vers moi.

    On resta longtemps dans cette position, à nous observer simplement. Nos yeux, glissant sur le corps de l'autre semblait nous réchauffer. Après de longues minutes à rester immobile, je me redressais contre la tête de lit, m'asseyant approximativement. Il dut avoir peur que je ne quitte le lit et glissa sa main sur moi. Mais comme je ne bougeai plus, elle survola mon buste moite, s'attardant sur mes abdominaux. Puis, sous mes yeux, il se redressa et s'approcha, collant son corps au mien, glissant l'une de ses jambes entre les miennes. Il posa sa main contre ma joue. Je sentis ses lèvres se poser doucement sur ma bouche, m'invitant à un échange exquis, lent, passionné mais doux.

    Et puis brusquement, sa main glissa de mon buste jusque que mon membre. Un hoquet de surprise m'échappa alors qu'il le pressa contre ses doigts. Je ne m'étais pas aperçus avoir repris en vigueur. Et ce sourire plaqué contre ce visage d'ange ne m'aidait pas à me calmer. Il était si beau... Ses yeux qui me dévoraient agréablement. Il passa alors lentement sa jambe de l'autre côté de mon bassin et vint prendre place sur mes cuisses, continuant de m'embrasser et de flatter ce membre qui se gorgeait de sang à mesure que je sentais ce corps chaud se presser. Il descendit ses lèvres dans mon cou et le mordit légèrement alors qu'il s'empalait de lui-même sur ma verge. Je grognais sous les sensations divines. C'était bon. Tellement bon.

    Mes mains s'accrochèrent à son dos, glissant sur sa chute de reins, caressant, griffant cette peau offerte. Il entama de son propre chef les mouvements qui me firent avoir le souffle court. D'abord lents, ils devinrent rapides, fiévreux... Il se pencha légèrement et gémit plus fort. Ses chairs se contractèrent autour de mon sexe brûlant et il s'immobilisa un moment, en proie au désir, proche de la délivrance mais incapable de continuer. Je le pris dans mes bras et nous fit rouler, me retrouvant au-dessus de lui. Il avait les yeux presque clos, cachés derrière un voile blanc et il mordait sa lèvre. Son souffle était chaotique et sa poitrine se mouvait au gré de celui-ci. Il était parfait. Je fis aller et venir mon désir en lui. Je pouvais voir son visage se tordre sous chacun de mes assauts. Je pouvais le voir gémir, embrasser ses lèvres avec gourmandise. Je pouvais gémir son prénom contre son oreille et en lécher le lobe. Il pouvait passer ses mains autour de mon cou et m'attirer à lui dans un baiser. Il pouvait resserrer ses jambes autour de ma taille, m'emprisonner au plus proche de lui.

    -Clem...

    La dernière syllabe de son prénom se perdit dans un gémissement sourd. Il venait de mordre mon épaule tandis que son intimité s'était comprimée autour de moi. C'était tellement bon, tellement surréaliste... que j'en oubliais jusqu'à mon nom lorsqu'un orgasme ravageur me prit. Cette fois, je ne pris pas la peine de me décaler et m'effondrais sur lui. Je sentis à peine sa main se glisser dans mon dos.

    Au petit matin, j'ouvrais les yeux en premier, découvrant cet homme toujours endormis à mes côtés. Mon bras replié sous mon oreiller, je relevais la jambe sous la couverture.  Allongé sur le dos, je pouvais voir ce visage serein. Il était beau. Vraiment beau. Il avait l'allure d'un ange tombé du ciel...

    Son profil laissait paraître le retroussement léger de ce nez rond et  fin ainsi que l'ourlet de ses lèvres pleines que j'avais aimé embrasser toute la nuit. Son buste se soulevait régulièrement. La couverture avait glissée jusque sur sa taille, cachant à peine son intimité.

    L'allemand finit par ouvrir les yeux et observa longuement le plafond gris comme pour se raccrocher à la réalité, comme attendant que les dernières brumes du sommeil ne s'estompent. Il finit par poser son regard bleu sur moi, tournant son visage vers moi. Un bref sourire passa ses lèvres rosées, découvrant ses dents blanches. Je m'y plongeais, m'y perdant volontiers.

    Et puis je rompais le contact, portant mon regard vers la fenêtre sur mon flanc. Les dégâts de la ville visiblement amochée par la guerre étaient bien visibles. Je lâchais un lourd soupire...

    - On ne se reverra sans doute jamais...

    Ou bien si... Et il m'aura oublié. On se recroisera sûrement au détour d'un chemin et l´un de nous deux tirera sur l'autre... C'était ça, la Guerre. Vivre ou mourir. Tuer pour survivre. Obéir docilement, foncer dans le tas pour défendre un principe de liberté qu'on ne connaîtra jamais. Perdre la vie pour un pays qui ne semble pas digne de le mériter... Perdre la vie pour que d'autres puissent naître et à leur tour mourir.

    -C'est la guerre, James l'entendais-je me répondre en français convenable, un accent fort allemand tintant pourtant sa phrase.

    Je tournais mon visage vers lui, étonné de découvrir qu'il parlait ma langue. Il souriait faiblement. L'un de ses sourires qui n'est là que pour rassurer, alors que l'on est à peine convaincu nous-mêmes... L'un de ses sourires qui fait mal et qui pourtant fait tant de bien...

    Il se redressa et approcha son visage de moi. Il prit mes lèvres dans une étreinte chaste et pure. Il était loin de ressembler à ceux échangés plus tôt... Il était loin de la passion et des désirs... Il était plein de regrets. Et puis il se leva et se rhabilla lentement.

    Je le regardais faire, profitant encore un instant de ce corps élancé que la guerre avait formé avant de moi aussi remettre mon uniforme, un arrière goût amer en bouche...

    Je n'étais pas une fille de joie qu'il laissait sans regret derrière lui tout comme il n'en n´était pas une à mes yeux. L'hésitation qu'il eut en saisissant la poignée de porte me le fit comprendre tout comme cette envie brûlante de lui crier de rester.

    On ne pouvait pas, on en était conscients... L'envie était pourtant belle et bien là. La porte se referma et je sus que c'était la fin. Un rêve qui touchait à sa fin. Une parenthèse dans ce monde dévasté par la guerre loin de se terminer... Je vérifiais une dernière fois mes affaires avant de m'approcher de la porte de la chambre. Avant de sortir, je fouillais l'une de mes poches à la recherche de ma montre. Avec surprise je trouvais celle de mon allemand. Son nom était gravé au dos. Clemens Hammer. Je souris et portais l'objet à mes lèvres. Une larme m'échappa alors que je la serrais dans ma paume.

    Quelques jours plus tard les rues enneigées où nous nous étions vus pour la première fois étaient envahies. Au même endroit, je le recroisais et je ne pus me résigner à lui tirer dessus. Lui non plus. Je souriais presque, cet étrange sentiment de bonheur étreignant ma poitrine. Et puis... Un de ses frères d'arme le fit pour lui. Et je tombais dans ses bras, expirant mon dernier souffle, les yeux vrillés dans les siens, sa montre contre mon cœur, son visage au creux de ma paume et son nom suspendu à mes lèvres qui ne vint jamais. 

    © Naeri


  • Commentaires

    1
    Samedi 13 Août 2016 à 22:39

    Quelle fin émouvante, encore une fois ! J'aime beaucoup, je ne comprends pas pourquoi personne n'a commenté. Peut être est ce trop long à lire pour eux ? En tout cas, je trouves que ce texte résume bien le contexte de la guerre, et la dureté de ce temps, tout en ajoutant cette touche d'amour et de bonheur, mais en gardant cette note de désespoir touchante. C'est vraiment bien de s'exprimer la dessus, je trouves que c'est important de marquer cette époque par un tel texte.

    2
    Samedi 13 Août 2016 à 22:45

    Je ne sais pas pourquoi personne n'a jamais commenté ce texte... Sachant qu'il a été recorrigé et reposté à l'époque... Mais il n'a trouvé l’intérêt de personne ou alors personne n'a jugé bon de commenter avant toi. Mais là encore, je suis bien heureuse que tu sois la première !

    Un film m'a inspirée plus ou moins pour ce texte... Joyeux Noël, justement. Je m'étais dit une fois, en le voyant, que j'aimerais écrire sur cette époque, sur ce temps de guerre que nous n'avons jamais connu. Au final, j'ai sauté le pas presque deux ans après avoir vu ce film.

    Je sais que j'ai pris plaisir à l'écrire, bien que certains passages soient plus compliqués que d'autres pour moi. Faire mourir mes personnages est... vraiment vraiment difficile... ! Mais... Je pense que ce texte ne devait pas avoir un Happy Ending à la Walt Disney...

    3
    Samedi 13 Août 2016 à 22:49

    Oui tu as raison, une fin heureuse n'aurait pas été réaliste pour résumer ce temps passé. J'espère que la guerre ne nous touchera plus autant qu'à cette époque là, même si les derniers événements me laissent craindre le contraire...

    Oui je ne comprends pas non plus pourquoi personne n'a semblé vouloir poster un commentaire, puisque ce texte est vraiment touchant et tiré de la réalité, disons. Tu l'as vraiment très bien écrit, et cela n'a pas eu être très facile, vu la longueur, et les thermes employés. En tout cas, je suis fière de l'avoir lu, et de l'avoir commenté pour te complimenter là dessus, parce que ce texte en vaux la peine (comme les autres bien sûr).

    Au plaisir de repeupler tes articles de commentaires ! ^^

    4
    Samedi 13 Août 2016 à 22:54

    Malheureusement, je crains également que l'on ne soit plus à l'abri d'une guerre plus rude encore que celle que nos ancêtres (pas si lointain) ont connu...

    Tu sais, pour les commentaires manquant, je m'y suis habituée. Avant toi, c'était le calme plat, peu importe ce que je pouvais poster. Seules quelques rares âmes venaient parfois se risquer à commenter mais sinon, les visiteurs passaient leur chemin. Sans doute lisaient-il au vue du nombre de pages vues par journée, mais jamais ils ne s'attardaient à laisser un message. J'en ai vu défiler, des têtes sur le modules des derniers visiteurs... Mais bon... XD

    Tout cela ne me fait qu'apprécier plus encore tes commentaires ~  !!

    Un grand merci en tous cas ! Encore une fois ~

    5
    Samedi 13 Août 2016 à 22:57

    Encore une fois, de rien !

    Oui cela me fait peur, vaut mieux ne pas trop y penser pour le moment...

    Oui, pour moi aussi, sans toi, ce serait le silence, et je crois que si tel était le cas, je fermerai mon blog. Mais tu me permets d'y croire, et me redonnes l'envie de continuer, de vaincre mes instants de faiblesses. C'est vraiment agréable !

    Encore une fois, merci à toi ! ;)

    6
    Samedi 13 Août 2016 à 23:04

    J'y ai longtemps pensé, moi aussi, à fermer Pretty Lies... Mais il y a toujours eu quelqu'un pour me dire de ne pas abandonner l'aventure. Je ne les remercies d'ailleurs pas assez... Mais voilà... ! A moi d'être là pour ne pas te faire renoncer maintenant ! ~ 

    7
    Samedi 13 Août 2016 à 23:09

    Haha merci ! Et surtout, si il te vient encore l'idée de fermer Pretty Lies, contactes moi ! Je te ferais ravaler celle-ci, et tu n'y penseras même plus ^^

    8
    Samedi 13 Août 2016 à 23:20

     J'y penserais, c'est gentil ! Enfin... je crois ?? *fear* xD

    Merci en tous cas !! :)

    9
    Samedi 31 Décembre 2016 à 02:20

    Waouh. Comment bien mélanger amour et haine. L'amour subtile entre deux hommes ennemis en guerre. T'as bien su peindre le décor, c'est fou. C'est réaliste. Tes mots sont toujours bien choisi. J'ai l'impression d'être une spectatrice vivante de ces scènes.

    Comme toujours beau travail Naeri!

    10
    Samedi 31 Décembre 2016 à 12:06

    Haha ! un grand merci ! Cette fiction est restée oubliée, et non commentée pendant un long long moment (peut être un an au moins) mais je suis heureuse de voir qu'elle n'est pas si mal que ça, finalement. Elle a faillit être ma honte... Mais au final, je vois qu'elle est appréciée et je l'apprécie de plus en plus !

    En fait, cette idée m'est venu en me souvenant d'un vieux film... Joyeux Noël... Qui raconte cette trêve à Noël que les soldats des deux côtés payeront au prix cher... J'ai eu envie d'écrire, moi aussi, une trêve... Parce que c'est aussi ça, Noël quelque part... !

    Dans tous les cas, je suis heureuse de t'emporter avec moi dans mes divers mondes ♥ Et puis qui sait, peut-être que de spectatrice tu deviendras actrice ~ ♥ ??

    Gros bisous ♥

    11
    Samedi 31 Décembre 2016 à 13:59

    De rien! C'est dommage qu'elle reste autant oubliée mais je la trouve fort sympathique. (Surtout qu'il y a du BL) Tu ne devrais pas en avoir honte hein! Tes textes sont une partie de toi et si t'as honte d'un des textes, bah t'as honte de toi, et c'est pas bien! Oui, je l'apprécie!

    Je crois que je l'ai vu d'ailleurs ce film ou en tout cas une petite partie en cours d'histoire. C'est beau ça. Surtout à Noêl, j'me rappelle qu'il y avait ne histoire avec un chat des deux côtés du front. Ouais ! Vive Noël!

    Moi aussi je suis bien contente de voyager, héhé! Tu comptes m'utiliser dans une de tes histoires ? J'aimerai bien lire ça. ewe

    La biz!

    La grande, la magnifique YU KI NO!

    12
    Samedi 31 Décembre 2016 à 14:21

    Haha, oui rien ne vaut un bon petit BL ! :P Tu as raison, je ne devrais pas en avoir honte, mais bon... quand tout le monde semble la dénigrer ce n'est jamais très agréable. Heureusement cela semble changer avec le temps et cette fiction revient doucement ~

    Vive Noël, tu l'as dit. Après pour le film, je l'ai vu il y a très très longtemps et je n'ai de souenirs que sur un seul passage, celui où ils se mettent à chanter dans les tranchées en apportant un sapin de Noël au milieu du champ de bataille... Cette scène m'aura marquée...

    Je compte embarquer, si je le peux, tous mes lecteurs dans une de mes histoires. Pour un voyage qui je l'espère sera de l'ordre de l'extraordinaire !

    13
    Samedi 31 Décembre 2016 à 14:26

    J'comprends pas pourquoi on dénigre ça. Mais heureusement, comme tu dis, ça change!

    Oui, j'm'en rappelle! C'était beau.

    C'est l'heure du voyage!

     

    14
    Mercredi 12 Avril à 21:18

    Ptdr.

     En tant que couille, j'ai eu honte durant toute la lecture. Le malaise ultime. 

    Et au fond de moi tu vois, jcriais : <La sodomie, c'est mallllllll>... J'epp .



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