• Les méandres de ta vie

     

    Plus t’avances et plus tu recules. Tu as l’impression de grandir, d’évoluer mais tu régresses chaque jour un peu plus. Tu deviens une loque, un fantôme, un écho parmi les ombres. Et tout le monde trouve ça « normal », et personne ne voit le mal.

    Plus les jours passent et plus tes bras disparaissent sous les stigmates de ton malaise. T’as l’impression de te soulager, mais t’es juste tombée amoureuse du sang sur la lame. Ce rouge sur l’acier qui coule lentement, sa tiédeur lorsqu’il s’écrase au fond de ta baignoire, et ta chair qui s’écarte, déchirée. Et plus ça va, et moins tu espaces les jours où tu plonges dans ce bain aux tâches vermeilles.

    Dehors, tu te pares d’un visage neutre, tu esquisses un sourire, arbores un regard bienheureux et tu réponds que tout va bien lorsqu’on te demande comment tu vas. Ça n’a pas de réelle importance pour eux, et de toute façon tu as toujours été douée pour ça. Faire semblant. Tu n’as jamais fait de théâtre mais tu aurais pu.

    Et devant les autres, tu marches tranquillement. Tu as la tête haute, presque trop, et tu pourrais porter une pile de livres sans qu’aucun ne tombe. Tout le monde dirait que tu ressembles à une princesse, qu’on pourrait mettre une couronne sur ta tête. Toi et tes manches en laine qui recouvrent tes bras, tu sais que ce n’est pas le cas.

    Quand tu es avec les autres, tu ne penses qu’au moment où tu te retrouveras enfin seule. Mais en attendant, sur ton visage, il n’y a rien qui trahit tes sentiments, rien qui laisse paraître cet ouragan qui te ronge. Il n’y a que toi et ton sourire faussement sincère qui tire sur tes zygomatiques, qui disparait aussitôt que tu te retrouves seule.  

    Et tout va bien. À l’extérieur. Parce que tout doit toujours aller bien. C’est comme ça qu’ils t’ont élevée, comme ça que tu as été éduquée. Et c’est comme ça que tu fonctionnes maintenant. Tu ne sais pas faire autrement. Pourquoi le ferais-tu, de toutes manières ? Tu es comme tu es, changer ne t’intéresse pas.


  • Commentaires

    1
    Jeudi 28 Septembre à 08:19

    C'est écrit d'une manière si poignante qu'on ne peut pas rester de marbre. Le sourire du quotidien est souvent mensonge, il est si facile de l'effectuer, mais pas si difficile de le percer.

    Le mal être est partout, dans toutes les écoles, toutes les sociétés, et ton texte est vraiment important dans le sens où il touche tout le monde. Et souvent, il est très difficile de réussir à faire stopper ce geste à ceux qui les pratique.

    En tout cas bravo, c'est très bien écrit !

    2
    Jeudi 28 Septembre à 10:48

    C'est écrit sur un coup de tête, en 1h à peine, avec une musique un peu mélancolique qui m'a donné les sentiments pour.

    Je ne sais pas si ça veut dire quelque chose. Je ne sais même pas pourquoi j'ai écris ces mots à dire vrai. Ils sont justes sortis comme ça. Je suis contente malgré tout que tu les trouves bien écrits.

    Je crois que lorsqu'on connait réellement la personne, on sait le voir. Mais encore faut-il qu'elle ne se soit laissée connaitre. Complètement. Et pas simplement en surface.

    Par ce texte, j'avoue ne même pas avoir pensé à sensibiliser les gens à la scarification. C'est venu comme ça, en fait. Et je ne juge pas ces personnes. Pour certaines c'est un défouloir, pour d'autres une "passion". C'est un geste anodin, un S.O.S parfois aussi, une preuve d'un malaise refoulé... Dans certaines civilisation, culture, c'est bien un symbole un peu comme un tatouage... 

    Merci en tous cas ! D'avoir lu et d'avoir laissé ce petit mot qui fait plaisir. Je t'embrasse !

    3
    Hier à 21:49

    C'est très fort comme texte, je trouve. Et c'est beau aussi de parler de ces douleurs qu'on passe sous silence...

    4
    Hier à 23:20

    Merci Maéli, de ton passage et de ton commentaire. Je ne sais pas pourquoi j'ai écris ce texte, honnêtement. Ni pourquoi j'ai choisis ce "sujet"-là. Mais je suis heureuse que tu le trouve "fort", que tu trouves cette initiative "belle". C'est que quelque part, ça t'a touché et ça me fait plaisir quelque part, même si c'est assez sombre comme texte...

    J'aurais préféré toucher avec des trucs plus joyeux, je dois bien l'avouer.



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