• Écrire pour oublier

    Warning: Homosexual subject  .

    Parce que parfois, écrire est le seul moyen d'oublier. Oublier quoi ? Que le poids des mots est trop important ou que les pensées nous font trop souffrir. Oublier que la vie est compliquée et que grandir est un piège. Parfois écrire est un refuge. C'est le seul qu'a Soan. 

     


    Accoudé au comptoir et perché sur le haut tabouret de bois, Léo fixait sans le voir ce cocktail qu'il avait du mal à finir en se demandant ce qu'il faisait là. L'air de jazz en fond sonore s'accordait avec l'ambiance chaude et tamisée du bar. Il n'y avait pas trop de monde, pas d'agitation, au point que l'on pouvait entendre distinctement chaque note de piano doucement résonner.

    Il soupira et saisit son verre. Distraitement, il en prit une gorgée alors que son regard se perdait entre les oscillations d'une flamme de bougie. Sans la quitter des yeux, il laissa le verre rencontrer le bois lustré du bar. C'était hypnotisant et agréable. Cette petite flamme, cette source de chaleur dansante au gré de l'air.

    Une vibration près de sa main le sortit de sa contemplation. L'écran de son Smartphone venait de s'allumer pour lui apprendre qu'il venait de recevoir un message. Il dirigea lentement sa main vers son téléphone et le déverrouilla d'un simple geste. Sur l'écran, le prénom d'un de ses amis de la fac et une invitation à rejoindre une fête. Il jugea un moment les fautes flagrantes et se dit qu'au vu de l'heure, elle devait être bien entamée, cette fête. Il laissa la pulpe de ses doigts rencontrer l'écran tactile pour écrire un bref JRV que son auto correcteur corrigea en "J'arrive." puis il se leva et enfila sa veste en cuir. Il pouvait bien y faire un rapide petit détour avant de reprendre le chemin de son appartement: c'était samedi soir et il n'avait pas de travail à rendre pour les quelques jours à venir...

    Lorsque la porte du bar se referma, elle garda les dernières notes du morceau de Jazz pour laisser place au vacarme des voitures arpentant la rue passante. Il faisait frais ce soir et Léo regrettait presque d'avoir laissé son écharpe accrochée à son porte manteau. Tant pis, il la prendrait une autre fois.

    Arrivé devant son véhicule, il s'installa derrière le volant et démarra. Pas la peine de mettre le GPS, il connaissait le chemin par cœur tant il l'avait fait pour ramener chez lui son ami un peu trop fêtard. Les quelques feux rouges lui rallongèrent le temps de parcours et il arriva une bonne vingtaine de minutes plus tard devant la maison en question. Toutes les pièces semblaient éclairées et de la rue on pouvait percevoir les notes fortes d'une musique de hard rock étouffée.

    Léo n'aimait pas tellement ce genre de fête trop bruyante, trop alcoolisée... Il aimait le calme du Queen, les cocktails épicés et ceux alcoolisés, les différentes saveurs exotiques qui flottaient constamment dans la petite salle et l'air calme joué par le vieux jukebox.

    Il contourna la maison, passant directement dans le jardin. Là, quelques dizaines de personnes dansaient avec des verres à moitié vides. Certains avaient trouvés raisonnables de piquer une tête complètement nu et peut-être même ivre dans la piscine chauffée. Léo crut reconnaître deux ou trois visages sans vraiment en être sûr... Il avança encore un peu, s'approchant de la petite baie vitrée ouverte. A l'intérieur, quelques stroboscopes faisaient naître des formes assez louches sur l'herbe et la façade arrière de la maison.

    Ébloui, il tâtonna pour entrer dans l'habitation. Un véritable capharnaüm s'offrit à ses yeux. Des paquets de biscuits apéros vides et quelques gobelets tentaient de faire concurrence aux nombreux cadavres de bouteilles et tâches de liquides sucrés sur les tapis et le parquet sans sembler y arriver. Sur le bar, les quelques bouteilles rescapées se faisaient enlever sauvagement pour se faire vider. La musique et l'odeur acre de l'alcool firent tourner la tête de Léo qui soupira. Où était le propriétaire de la maison... C'était plus courtois de signaler sa présence avant de doucement s'échapper de là.

    Après quelques rapides coups d'œil où il surprit un couple en train de se tripoter et un autre en train de certainement aller plus loin dans leurs caresses, il repéra son ami derrière la table de mixage. Il serpenta entre les corps soûls et s'approcha des enceintes. Elle était définitivement beaucoup trop forte, cette musique ! Tout son être semblait trembler sous les basses. Il exécrait tellement cette sensation vraiment dérangeante.

    Son ami le repéra alors qu'il arrivait devant lui. Il fit glisser son casque autour de son cou et saisit sa main avant de se pencher au-dessus de la table pour lui frapper le dos. D'un signe de tête, il lui demanda comment il allait et comment il trouvait la fête. Poli, Léo mentit. Il se contenta de sourire et d'hocher la tête alors que son ami contournait la table de mixage pour le rejoindre et le tirer loin des enceintes. Quand ils furent assez loin et qu'ils purent s'entendre, ils se mirent à discuter. De longues minutes passèrent où ils discutèrent de tout et de rien mais surtout de cette soirée organisée en l'absence des paternels.

    - J'te laisse, man. M'faut remplir l'bar.

    Léo acquiesça bien qu'il trouvait l'idée assez stupide car tout le monde semblait déjà bien torché et n'avait certainement pas besoin de plus d'alcool à ingurgiter. Il n'en débâtit pas pourtant car son ami était déjà hors de portée de voix et surtout que son crâne commençait à lui frapper douloureusement les tempes. Il était temps pour lui de partir...

    En repassant par le salon, une agitation étrange lui attira l'œil. Il tourna le visage pour observer ces ombres qui avaient attirés son attention. Derrière les canapés disposés en cercle, une silhouette fine qu'il ne connaissait que trop bien s'agitait et semblait chercher à attraper quelque chose dans les bras d'une jeune femme un peu plus grande que lui.

    Il traversa la distance d'un pas cadencé bien décidé à venir en aide au petit frère de son ami qui paraissait bien tourmenté. Faisant face au dos de la jeune femme, il leva le bras et saisit l'objet tant convoité par le plus jeune. Se faisant, la jeune femme surprise se retourna et le dévisagea. Elle puait l'alcool, tant d'alcools différents qu'il était impossible d'en discerner un seul. Il lui offrit un regard froid en tendant le petit carnet au jeune adolescent qui décampa aussitôt avec.

    Léo resta un moment le regard fixé à celui brumeux en face avant de la sentir s'approcher. Elle le saisit au col et se pressa contre lui. A son oreille, il put clairement entendre une invitation à monter dans une chambre pour s'occuper d'elle. Avec un peu de brusquerie, il s'éloigna en la laissant en état. Non, il ne couchait pas avec une fille qui écarte les cuisses plus vite qu'une page internet ne s'ouvre et celle là avait vraiment la réputation d'une emmerdeuse de première alors: non merci.

    La rosée mouillait déjà l'herbe et rafraichissait davantage l'air ce qui le fit frissonner lorsqu'il quitta la maison. Rajustant la prise sur son cuir, il se maudit d'avoir oublié son écharpe tout en empruntant le même chemin sur le côté de la maison et passant devant le parvis. Le bruit des chaînes de la balancelle qui s'agitait attira son attention. Étrange que quelqu'un soit assis là alors que le plus gros de la fête se passait à l'intérieur ou de l'autre côté... Il s'avança un peu pour découvrir quel visage se cachait dans la pénombre.

    Le petit frère de son ami s'était réfugié là. Assis en tailleur sur le bois de la balancelle, il s'était penché sur le petit carnet ouvert sur ses genoux pour écrire. Curieux, Léo s'approcha un peu plus et monta les quelques marches pour le rejoindre. Le jeune noircissait les pages presque convulsivement. De jolies courbes noires naissaient de la pointe de son stylo, faisant apparaître des mots que le plus âgé n'arrivait pas à lire dans l'obscurité.

    - Tu écris quoi ?
    - Pas "quoi". Pourquoi.

    La réponse sembla un peu le perturbé mais il reprit le mot qui semblait tant importer au plus jeune.

    - Pourquoi tu écris, Soan ?
    - Parce que le poids des mots est trop grand...

    Le plus jeune n'avait pas levé les yeux de son carnet, continuant à noircir les pages blanches d'encre. Sa curiosité piquée au vif, Léo s'avança et vint s'assoir sur la balancelle. Le stylo s'immobilisa quelques secondes avant de reprendre sa besogne. L'ainé dévisageait ce profil concentré que les quelques mèches châtaines venaient cacher par endroit. Il se pencha un peu pour tenter d'apercevoir un œil entre deux mèches mais le plus jeune semblait tellement prit dans sa tâche qu'il fixait uniquement la pointe de son stylo. Dans l'obscurité, Léo finit par discerner un frisson chez le plus jeune.

    - Tu as froids, pourquoi tu ne rentres pas ?
    - Trop de bruit.

    Léo rit, quelque peu gêné. C'était vrai qu'avec un tel raffut, il était difficile de se concentrer mais de là à rester toute la nuit dehors par un froid pareil, c'était inenvisageable. Il savait que Soan n'avait pas vraiment d'amis au lycée ni dans la rue. Un peu trop réservé, le plus jeune avait du mal à interagir avec les autres et entretenir une vie sociale animée. Et bien qu'il semble s'en contenter, il n'avait personne chez qui trouver refuge pour les nuits de fêtes de son frère.

    - Tu veux venir chez moi pour la nuit ? J'enverrais un message à ton frère pour ne pas qu'il s'inquiète demain après-midi.

    Le visage de Soan se tourna légèrement vers lui et il esquissa l'ombre d'un sourire. Il n'acquiescerait pas ni ne répondrait par l'affirmative mais le fait que les yeux caramel ne se soient accrochés à son regard avaient suffit à Léo pour comprendre qu'il le voulait bien.

    Il sourit en se levant et informa son cadet que sa voiture était garée un peu plus loin. Il le connaissait depuis tellement longtemps que c'était devenu son petit frère à lui aussi, alors le voir ainsi transi de froid et aussi dérangé par le bruit que par le trop grand nombre de personnes, il n'avait put résister.

    Installés à l'avant de sa voiture, il mit le contact et s'empressa de mettre le chauffage. L'attitude du plus jeune le remercia et il sourit en passant une vitesse. Dans l'habitacle, un silence presque étouffant régnait et Léo ne put s'empêcher d'allumer son autoradio. Le volume faible comme à son habitude et calé sur une station d'électro-jazz, les enceintes murmurèrent les accords d'une musique plus calme que celles sans doute toujours hurlées de chez le grand frère et meilleur ami.

    D'une pression sur sa télécommande, il ouvrit le grand portail de la résidence menant au parking et se gara à sa place habituelle. Étrange que sa voisine de pallier ne soit pas encore rentrée à l'heure actuelle. Il s'en occuperait demain... Oh et puis zut, il n'était pas le gardien ni même comme ces commères. Si sa voisine rentrait ou pas, il s'en foutait.

    Il ouvrit la lourde porte du hall à Soan avant de passer devant pour lui montrer le chemin. C'est vrai qu'il n'était pas encore venu chez lui. A sa pendaison de crémaillère, il était tombé malade et était resté chez lui. Eh bien, comme ça il pourrait découvrir l'appartement.

    Les vingt-deux degrés les accueillirent et les réchauffèrent très vite. Léo proposa une boisson à son invité qui refusa tout. De sa cuisine ouverte il pouvait voir la nuque penchée dépasser du canapé. Il devait encore écrire. Combien de carnet le plus jeune avait put remplir ? De quoi pouvait-il noircir les pages ? De quelles pensées, de quels mots ? Des poèmes, des histoires, des citations ? Tant de questions qu'il se posait alors qu'il changeait la parure des draps.

    Léo revint dans le salon. Contournant le grand fauteuil il découvrit les Converses abandonnées au pied du canapé. Il s'était déchaussé pour s’asseoir en tailleur sur le canapé. C'était une bonne chose: le blanc cassé n'aurait pas à souffrir du vert de l'herbe fraîche. Par-dessus l'épaule du plus jeune, Léo capta quelques lignes: " Parce que le poids de mes pensées est trop lourd à porter et qu'il me faut parfois me délester pour continuer d'avancer dans ce monde..." La phrase s'arrêtait là tout comme la pointe du stylo qui bloquait sur la boucle du dernier -e.

    Il avait dû sentir le regard qui lorgnait les lettres et s'était instinctivement crispé. Il n'aimait pas qu'on touche à ses carnets et encore moins qu'on les lise et d'habitude il les refermait dès qu'il sentait une présence trop proche de lui. Peut-être que, parce qu'il connaissait Léo depuis son plus jeune âge, il ne réagissait pas ainsi ? En tous cas, l'aîné préféra s'excuser de trop de curiosité mal placée et vint s'assoir à côté de lui.

    - Je t'ai préparé le lit dans la chambre d'ami. C'est la dernière porte au fond du couloir.

    Le petit regard en coin le remerciait silencieusement tout comme ce rictus léger au coin des lèvres. Léo convia alors son invité à faire comme bon lui semblait chez lui avant de prendre conscience d'un bémol qui ne lui avait pas traversé l'esprit plus tôt: le plus jeune n'avait pas de rechange. Il lui prêterait quelques vêtements pour la nuit et pour le lendemain si jamais le plus jeune le désirait, là il profitait juste du calme de son appartement.

    Son mal de tête commençait doucement à s'estomper, aussi s'allongea-t-il plus confortablement dans le canapé lorsque sa chaîne Hi-fi fit doucement naître les dernières notes d'une musique qu'il connaissait bien. Non, il n'était pas tellement télévision. Il préférait la musique à ces niaiseries d'émissions et de séries et pour sa dose d'infos quotidienne, l'équipe du matin de la station se chargeait de la lui fournir vers six heures. Il soupira silencieusement quand une voix masculine annonça les trois heures du matin. Déjà ? Il n'avait pas vu l'heure passer.

    Près de lui, un petit bâillement fut étouffé et il sentit le plus jeune s'étirer. Lui aussi commençait à fatiguer. Il sortit son téléphone de sa poche, chercha le nom dans le répertoire: Fred et commença à rédiger un petit message destiné au frère de Soan. "Ton frère est à la maison. Décuve bien." puis il appuya sur Envoie et laissa le réseau faire le reste. Finalement, il souhaita une bonne nuit au plus jeune, lui laissant sur le lit quelques affaires pour la nuit et de quoi se sécher au retour de sa douche, avant d'aller lui-même trouver son lit et de s'enfoncer sous la chaude couverture. Il sombra rapidement vers les limbes d'un sommeil profond.

    Il ouvrit les yeux vers neuf heures et eut du mal à se décider à sortir de son lit. La fatigue tiraillait encore son être et il hésita à se rendormir pour quelques heures de plus, puis il se souvint que le petit frère était là alors il s'obligea à se lever pour préparer le petit déjeuner. Certain que son invité ne serait pas levé il n'enfila qu'un jogging pour s'aventurer dans la cuisine mais sursauta en découvrant la tête châtaine dépasser du canapé comme hier soir.

    Un bref bonjour après, il lui demanda s'il avait faim et s'il voulait déjeuner quelque chose. Quelques rapides mots à peine audibles lui répondirent. Non, il n'avait pas faim. Décidément, Léo commençait à comprendre pourquoi le garçon était aussi mince.  Mais à vrai dire, il n'avait pas faim lui-même. Sans doute était-ce dû à la soirée d'hier ?

    Ils finirent par manger un petit plat préparé par Léo aux alentours de quatorze heures sans prononcer un mot. La musique se chargeait de dissiper le silence tandis que le plus jeune grattait de ses ongles la couverture abîmée de son carnet posé sur la table. Léo l'observait sans rien dire, le geste semblait inconscient et prouvait une fois de plus cet attachement profond à cet objet.

    Quelques heures plus tard, Léo ramenait Soan chez lui. Comme il s'y attendait, le grand frère les accueillit avec une sale gueule de bois.  Il tentait de ranger ce bordel sans nom avec l'aide d'autres personnes qui avaient passés la nuit chez Fred, certainement trop ivres pour penser à rentrer.

    Tout ce que Léo espérait c'était que les autres n'aient pas eut d'accidents en rentrant...

    Il laissa Soan monter dans sa chambre avant de saisir un balais et d'aider à nettoyer. Fred le remercia d'un murmure certainement pour s'éviter un mal de tête plus puissant que celui qu'il avait déjà. Ils mirent quatre bonnes heures à six pour remettre toute la maison et le jardin en ordre. Sur le trottoir, une vingtaine de sacs poubelles prouvait qu'il y avait eut une fête et la petite culotte violette coincée dans le rosier du voisin prouvait qu'elle avait été animée.

    Son dimanche avait été moins reposant  que Léo ne l'avait espérer. Tant pis, il avait rendu service à son ami d'enfance. Il lui restait quelques heures pour lui s'il rentrait maintenant.

    Au moment de partir, il leva les yeux vers la fenêtre et vit la petite tête châtaine dépasser. Il salua son ami avant de faire un geste au petit frère et de remonter dans sa voiture. Il ne savait pas comment il allait occuper ces dernières heures, mais il trouverait bien. Il devait certainement avoir un ou deux cours à réviser...

    Dans son bureau, il tira quelques feuilles vierges et un énoncé qu'on lui avait donné vendredi soir à rendre pour dans un mois. Ca ferait l'affaire. Il se pencha et lu le passage en gras. La dernière ligne l'interpella: "Qu'est-ce que le Bonheur ?". D'accord. Ca promettait.

    Cela faisait déjà deux bonnes semaines qu'il bossait sur ce travail. Il avait bien avancé et était fier de ses lignes frappées à l'ordinateur.

    Un soir, alors qu'il terminait son paragraphe, on frappa à sa porte. Il leva son regard jusqu'au réveil et découvrit avec effarement qu'il s'était laissé emporté: Il était déjà neuf heures du soir et il n'avait pas mangé. Et puis les coups le firent se raccrocher à la réalité. Ah oui ! C'est vrai... Quelqu'un était à sa porte, si tard.

    Il se leva de son siège, traversa le couloir et s'avança pour ouvrir la porte. Lorsque le panneau de bois pivota, il repéra la silhouette familière. Il manqua de retenir son sursaut. Que faisait-il là à une heure aussi tardive ? Le grand frère et les parents étaient au courant ? Léo en doutait fortement.

    - Tu... Comment tu es venu, Soan ?
    - Bus.

    Réponse brève, claire, comme à l'habitude du plus jeune. Léo finit par s'effacer pour le laisser entrer, encore sous la surprise de trouver le petit frère de Fred sur le pas de sa porte.

    - Encore une fête.

    L'information fit son chemin et quand Léo l'eut analysée, il soupira. Encore ? Mais les parents n'étaient jamais là pour restreindre le plus vieux ou quoi ? Et cette fois, en plein milieu de semaine... Fred n'était vraiment pas raisonnable. Bien sûr que Léo avait vu que son ami décrochait et au début, il avait essayé de l'aider à reprendre mais très vite son ami lui avait fait comprendre que ce n'était pas ce qu'il voulait, il ne voulait plus continuer à la fac.

    Le plus jeune n'avait pas demandé s'il pouvait rester, Léo avait l'habitude. De toutes manières, le cadet comprenait lorsqu'il n'était pas désiré et s'en allait de lui-même, alors il n'avait pas besoin de demander.

    Léo le vit s'installer sur le canapé à cette exacte même place, de la même manière que les autres fois. Il aimait les habitudes et cela ne dérangeait pas l'hôte. Il avait apprit à s'y habituer, lui aussi. Il avait apprit à faire attention à ses coutumes, ses manies, ses tics et à les respecter. Ca contribuait à ce charme attendrissant qui semblait entourer l'enfant.

    Car oui, Soan était un enfant aux yeux de Léo. Un enfant de dix-neuf ans certes, mais un enfant. Pas totalement indépendant, pourtant ne requérant presque pas ou peu d'interactions sociales, de besoin de sorties et d'artifices créer par l'Homme. Un enfant à part mais un enfant tout de même.

    Un gargouillis répondit à la question non formulé de Léo: oui il avait faim. Alors il s'affaira en cuisine, préparant un diner copieux pour deux avec ce qu'il avait dans son frigo. Quelques légumes, une bonne viande et un peu de féculents, ni trop ni pas assez, un juste équilibre.

    Le repas terminé, Léo débarrassa et s'absenta quelques minutes afin de prendre une bonne douche. Lorsqu'il revint, Soan était toujours dans le salon. Il écrivait. Encore. Il l'informa doucement qu'il retournait finir son travail pour pouvoir passer la soirée tranquillement avec lui et s'éclipsa dans le bureau.

    L'écran était allumé, chose étrange car il aurait dû être en veille. Léo pensa que Soan l'avait certainement emprunté ou que la veille ne s'était tout bonnement pas déclenchée. Il s'installa sur son siège et s'approcha de l'écran. Son document word était toujours ouvert mais quelque chose avait changé: ce n'étaient pas ses mots à lui qui terminaient le devoir. Il remonta un peu et reprit sa lecture. Les quatre derniers paragraphes étaient magnifiques et clôturaient en beauté le document. La question avait été traitée du début jusqu'à la fin.

    Il voulut rajouter quelques petites choses mais ne trouva rien à redire. Il cliqua sur la petite disquette et ferma le document avant d'éteindre l'ordinateur. Sur le canapé, le jeune homme était imperturbablement installé.

    - Tu as... terminé mon devoir.

    Ce n'était pas une question. Léo savait, il se doutait bien que les petits lutins qu'on décrit dans certains contes n'y étaient pour rien là-dedans. Il voulait juste en être certain... En fait, non. Il voulait juste l'entendre sortir de cette bouche.

    A la place, deux orbes caramels se plantèrent dans son regard. Oui. C'était lui.

    -Tu... C'était... enfin...

    Léo peinait à trouver ces mots. Ce que le plus jeune avait écrit était magnifique, vrai et surtout réfléchis. C'était presque comme s'il avait déjà planché sur la question plus tôt et qu'il s'était contenté de recopier ce qu'il avait pensé... Car penser à ceci et formuler ainsi les phrases en si peu de temps -il ne s'était pas éternisé dans la douche- était presque impossible même pour le plus brillant des génies.

    Il entendit quelques pages qu'on tourne et il sortit de ses pensées en apercevant les pages fines d'un journal sous ses yeux. Soan lui proposait de lire son carnet ? Un passage précis était indiqué grâce au doigt plus fin. Il y aventura un œil et reconnut immédiatement ce qu'il avait lut sur son document.

    Rapidement, il arriva à la fin du passage mais les quelques lettres au-dessous l'intriguait. Elles n'avaient pas la même forme. Elles semblaient presque incertaines ainsi écrites. La pointe du stylo avait à peine frôlé la page lorsqu'il avait couché les mots sur le papier et sa main avait certainement tremblée par endroit. Léo ne put résister et lut.

    " Ces doutes, ces papillons dans l'estomac, cette envie de le trouver toujours près de moi... Pourquoi c'est toujours comme ça avec lui ? "

    Il survola la page curieux de découvrir l'identité de cette personne. Bien vite, il trouva sa réponse.

    " Léo me manquait."

    Lui ? Le carnet se referma avant qu'il n'en lise plus. Léo resta figé et vit sans vraiment le voir le plus jeune se lever. Une porte se referma, ce n'était pas celle de l'entrée. Il devait simplement s'être réfugié dans la chambre d'ami, alors Léo tenta de se calmer un peu.

    Non, il n'était pas énervé, juste bouleversé d'avoir appris cela ainsi. Il ne pouvait cependant s'en prendre qu'à lui. S'il s'était arrêté là où avait demandé Soan, il n'aurait jamais rien apprit. D'un autre côté, est-ce qu'il aurait voulut tout ignorer ? Il ne savait pas. Il était un peu perdu...

    C'était le frère de son meilleur ami. Le petit frère qu'il n'avait jamais eut. Il l'avait vu grandir. Il l'avait vu devenir ce qu'il était. Oui il l'aimait. Énormément ? Mais était-ce cet amour là ?

    Il secoua nerveusement sa tête. Il avait peut-être simplement mal interprété. Sans doute Soan avait voulut noter ces sensations car il lui manquait comme pouvait lui manquer son frère. Oui, c'était ça. Mais alors pourquoi cette différence flagrante dans l'écriture ? Léo n'avait pas tout lu et commençait à le regretter. Il aurait put ainsi éclaircir certains doutes.

    Léo se frappa mentalement. Non mais à quoi il pensait ? Lire davantage du précieux carnet du cadet ? Non mais n'importe quoi ! Il avait déjà abusé, il avait été trop loin en s'aventurant sur ce terrain interdit et il espérait que Soan lui accorderait toujours cette confiance qu'il avait gagnée au fil du temps. Alors il se leva et parcourut son appartement.

    La dernière porte au fond du couloir se dressait devant lui. Seul rempart entre les deux hommes, Léo frappa trois petits coups. Il n'aurait pas de réponse orale alors il ouvrit doucement et passa son visage. Le plus jeune était assis contre la tête de lit. Léo entra, quelque peu gêné, et s'approcha du lit. Il s'apprêtait à s'excuser lorsqu'il vit Soan se lever et qu'il le sentit s'accrocher à son t-shirt. Son cœur rata un battement quand ses lèvres rencontrèrent celles fraîches et plus douces de son cadet.

    Ok. Plus de doute possible: Soan l'aimait.  

    © Naeri


  • Commentaires

    1
    Dimanche 19 Octobre 2014 à 15:42

    Wow..c'est magnifique. Je me sentais vivre cette histoire. C'est superbe. Bravo.

     

     

    2
    Mardi 27 Octobre 2015 à 20:27

    Je suis tout à fait d'accord *o* C'est très bien écrit et on entre très vite dans l'histoire !

    (J'espère que cette histoire d'amour ne va pas s'arrêter là xP)

    3
    Mardi 27 Octobre 2015 à 21:14

    Merci à toutes les deux d'avoir pris le temps de commenter ! (Angel♥ je m'aperçois que je n'ai pas posté de réponse, j'ai dû te la donner sur un autre support que celui-ci, j'espère que tu ne m'en voudra pas.)

    C'est très gentil Utarei-chan d'avoir pris le temps de faire un petit détour par ici ! J'espère te revoir très bientôt !!!! :) Ca me fait plaisir en tous cas de lire ça, et d'avoir un avis constructif sur la manière dont le lecteur entre dans l'histoire ! Merci pour cet avis qui m'aide à m'améliorer :P 

    4
    Samedi 16 Juillet 2016 à 23:05

    Trop beau. Je me suis identifiée dans Soan, même si je suis une fille, j'ai l'impression d'être tout aussi détachée du monde lorsque j'écris. C'est juste merveilleux. Que dire de plus ?

    Sur ceux, je te souhaites une bonne nuit !

    5
    Samedi 16 Juillet 2016 à 23:16

    Soan était une part de moi quand j'étais plus jeune. Je suppose que c'est toujours le cas mais qu'il se montre moi. C'est étrange dit comme ça, mais bon... XD

    Une agréable nuit à toi aussi et merci !! :)



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :